Théâtre

La jeunesse iranienne post juin 2009 se met en scène au Théâtre de la Colline

09 octobre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 17 octobre, le jeune dramaturge Amir Reza Koohestani met en scène la jeunesse iranienne d’aujourd’hui à la Colline.  Interprété en persan, « Where were you on january 8th? » présente les questions et les angoisses de six jeunes, dont quatre étudiantes. Un spectacle à l’esthétique frappante et qui met à l’honneur téléphones portables, art vidéo, ainsi que le silence high-tech de résistances individuelles à l’autorité.

Lors des révoltes pacifiques des étudiants dont les images ont marqué le monde entier, au printemps 2009, Amir Reza Koohestani était au Royaume-Uni, entrain de terminer son doctorat. Dramaturge reconnu internationalement depuis « Dance on Glasses » (2001), Lors des révoltes pacifiques des étudiants dont les images ont marqué le monde entier, au printemps 2009, Amir Reza Koohestani a eu l’impression de manquer quelque chose d’essentiel et est retourné dans son pays. « Where were you on january the 8th? » met en scène huit jeunes. L’un d’entre eux, Ali a obtenu difficilement la permission de quitter son poste pour passer du temps  avec sa fiancée Fati. Lorsqu’il arrive, celle-ci répète les « Bonnes » de Jean Genet avec trois de ses amies et Abdi, l’accessoiriste de la pièce. Au matin, quand Ali se réveille, son arme de service a disparu. Il risque gros. Cette arme a été subtilisée pendant son sommeil. Elle transite de main en main parmi les quatre comédiennes et Abdi, tout au long de la journée qui suit le larcin. Fonctionnant comme un révélateur, cette arme que tous appellent « la perruque » par peur d’être sous écoute révèle chacune des tragédies intimes des protagonistes.

Dans « Where were you on january 8th? », tout se passe au téléphone. En 1h20, les comédiens n’ont que deux conversations en tête à tête. Sinon, tout se passe d’un portable à l’autre, avec la peur constante d’être écouté. Après une introduction très « littéraire » de la situation d’Ali,  l’intrigue débute au matin, quand l’arme a disparu. C’est par bribes de conversations téléphoniques très concrètes que le spectateur comprend peu à peu ce qui s’est passé, sans jamais tout savoir. En effet, les jeunes expriment par bribes leurs peurs, leurs révoltes, et leurs aspirations individuelles, mais le caractère autoritaire du régime dans lequel ils vivent les empêchent de tout dire en ligne. C’est donc par le silence et par l’absence omniprésente d’une potentielle répression, que le public a accès au monde complexe de ces jeunes habitants de Téhéran. Le paradoxe est le maître mot de cette pièce où la technologie moderne tient le haut du pavé (voir le rôle clé qu’a joué Twitter dans le évènements du printemps 2009), mais où les films se font encore parfois sur pellicule et où l’honneur des femmes est encore et toujours une préoccupation centrale, même pour des étudiantes apparemment aisées et artistes « libérées ». L’utilisation de la vidéo, notamment au sol et sur deux écrans latéraux permet une mise en scène à la fois minimaliste et percutante. Quant à l’interlude surréaliste de dénombrement d’objets dans un tiroir, il est tout simplement superbe. A voir, pour mieux ressentir  quelle marge de manoeuvre ont aujourd’hui des jeunes gens à Téhéran, et aussi à quel mur de silence et de surveillance ils se heurtent.

« Where were you on january 8th? », texte et mise en scène Amir Reza Koohestani, avec Saeid Changizian, Fatemeh Fakhraee, Negar Javaherian, Elham Korda, Ahmad Mehranfar, Mahin Sadri, durée du spectacle 1h20,  jusqu’au 17 octobre, mer-sam 21h, mar 19h, dim 16h, 3 représentations supplémentaires : samedis 9 et 16 octobre à 15h30, dimanche 17 octobre à 19h30, Théâtre National de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e, m° Gambetta, 27 euros (abonné : 13 euros, moins de 30 ans : 13 euros, moins de 30 ans abonné : 8 euros). Réservation : 01 44 62 52 52 ou ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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