Théâtre

La gigantissime dévoration d’Olivier Py: Les enfants de Saturne

23 septembre 2009 | PAR Audrey Saoli

Olivier Py fait les choses en grand pour sa dernière pièce qu’il considère comme la plus noire de toutes ses mises en scène.

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La pièce d’Olivier Py est à la mesure de l’histoire racontée: Monstrueuse.

Le journal la République se meurt, asphyxié de concurrence déloyale (journaux gratuits et en ligne), et avec lui une manière de concevoir l’histoire. La pièce commence de manière surprenante : le public rentre sur la scène pour s’installer dans les gradins. Le décor hyper-réaliste entoure complètement les spectateurs. Dans le bureau du directeur de la République, Saturne,  le monde tombe en ruine en même temps que son journal. Il doit vendre sa vie et son monde et ne peut pas se résoudre à passer le flambeau à un de ses trois enfants. Sans presse c’est la fin du vieux monde. Au centre de cette dégringolade universelle il y a une famille détruite par les rêves de grandeur de leur père.

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Cette pièce pourrait être une histoire sordide de plus où Py aurait collé entre elles des références antiques pleines d’incestes et d’infanticides mais il s’en dégage une lumière d’espoir qui justifie toute cette noirceur. La pièce la plus noire de Py semble aussi la plus pleine d’espoir qu’on ait vu depuis longtemps.

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Le monde tourne en rond et ne peut plus avancer. Il n’y a plus de création dans cet apocalypse. Les enfants de Saturne n’ont pas de mère. Plus personne n’est là pour assurer le futur. Une mère est morte, une autre vient de se suicider et Ans qui attend un enfant de son frère se tue en avortant. Et comme le monde tourne en rond, nous aussi. Au lieu de changer les décors face aux spectateurs, c’est le spectateur qui va au décor grâce au dispositif de gradin tournant de Pierre André Weitz. Les gradins se déplacent pendant toute la pièce. Ce dispositif nous entraine dans un monde, nous ne sommes plus au théâtre mais des voyeurs de cette tragédie bourgeoise. Certains lui reprocheront son gigantisme un peu clinquant mais parfois c’est tellement bon d’en avoir plein les yeux.

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Le texte est lui aussi envahissant, les comédiens nous noient de poésie et de constats catastrophiques quant à notre situation dans ce monde qui, selon Py, touche à sa fin. Si l’on accepte pas de se faire complètement envahir la pièce peut être vécue comme une agression mais si on se laisse entrainer par le lyrisme de Py, il y a de la lumière au bout du tunnel… Cette survie vient des deux jeunes garçons que l’on retrouve sur le dos d’une baleine en direction de l’Afrique. La survie du vieux monde passera par le dialogue Nord/Sud pour Olivier Py.

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Les personnages sont très fins et leurs costumes rajoutent de leurs réalités empreintes de poésie. Frédéric Girautour qui joue Nur, le salut des enfants de Saturne, est magistral et Bruno Sermonne en patriarche mourant et tétraplégique est impressionnant.

Si il y a bien une certitude à avoir c’est que cette pièce monstrueuse, sur tous les plans, ne laissera personne indifférent. Olivier Py qui appelle son public à la réaction n’en demande pas plus…

Les enfants de Saturne, Odéon, Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthiers, à l’ angle de la rue André Suarès et du Bd Berthier – 17e, M° Porte de Clichy, du vendredi 18 septembre au samedi 24 octobre, durée de la pièce 2h30 (sans entracte), TP: 32 euros, TR: 16 euros.

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Audrey Saoli

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