Théâtre

La Fuite ! revient à La Criée dans la mise en scène hallucinatoire et bouleversante de Macha Makeïeff

La Fuite ! revient à La Criée dans la mise en scène hallucinatoire et bouleversante de Macha Makeïeff

01 décembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Créée en octobre 2017,  La Fuite! revient à La Criée dans la mise en scène chantante et virevoltante de  Macha Makeïeff. Forte d’un long et intime compagnonnage avec Mikhail Boulgakov, la directrice du lieu envoûte à nouveau la grande salle nationale de Marseille. 

En Crimée en 1920, ceux que  l’on appelle déjà les Russes Blancs cherchent une issue au coup d’état bolchevique et à la guerre civile qui s’en suivit. Seule une fuite vers la Crimée, Sébastopol, Constantinople ou pour  Paris les sauvera des périls. Boulgakov  écrit ici le récit de cette fuite en une comédie drôle et hallucinée, un vaudeville dansé et chanté.

La pièce ne sera jamais jouée du vivant de son auteur.  Staline, en 1929 interdit La Fuite qui selon lui  cherche à éveiller la pitié, voire la sympathie, à l’égard de certaines couches de l’émigration antisoviétique et, partant, à justifier en tout ou en partie la cause des Blancs. Sous la forme qu’elle présente, La Fuite constitue un phénomène antisoviétique. Certes la pièce est une pièce politique, mais elle est aussi  et surtout un hommage sensible sans autre bataille que celle de la mémoire à ces Russes fuyant un pays qui va bientôt disparaître.  Boulgakoff a choisi d’en faire un songe pour distraire la censure  car qui peut accuser un rêve d’être un manifeste politique. Mais le songe poursuit un autre but, littéraire; il est un rêve freudien et s’avise à frapper plus violemment nos psychés, à rendre compte d’un traumatisme, celui du déracinement. Les huit volets de ce long songe sont autant de réminiscences nostalgiques pleines des espoirs et des désillusions.

Macha Makeïeff s’empare de l’oeuvre avec la force de son talent et de son intime. Elle construit avec Jean Bellorini et Angelin Preljocaj une magnifique pièce réminiscence, en  la chronique flamboyante d’une fuite d’êtres écartelés entre le devoir de se sauver et celui de ne pas abandonner leur terre.  Chaque tableau , chaque motif concoure à son projet. Ainsi nous verrons sortir des personnages de l’armoire. car ce qui se cache au fond de nos armoires sont nos fantômes, et nos morts. Ainsi deux grandes tables  reliquaires à cour et à jardin s’éclairent erratiquement car une fuite abandonne toujours derrière elle des tables dressées.

Le texte de Bougokoff est magnifique. le geste de Makeïeff l’honore et le magnifie un peu plus encore. Les personnages sont incarnés. La scénographie est splendide imaginative avec un foisonnement  d’objets théâtraux. L’ensemble est un grand spectacle captivant à l’esthétique léché. Il y a dans la mise en scène de Macha Makeïeff et dans sa direction d’acteurs un génie de la circulation, circulation des personnages, des décors, de l’intrigue, des danses. A l’instar d’un songe l’impression esthétique générale est grosse de cette circulation harmonieuse. Par cette fluidité et par la grâce des comédiens ( tous émouvants et talentueux en particulier Alain Fromager et Karyll El Grichi) le texte et son esprit nous traversent jusqu’à nous bouleverser sans ménagement. De cette rêverie élégiaque, nos psychés ne se réveillent pas indemnes. A voir avant le 13 décembre à La Criée de Marseille.

 

 

 

La Fuite!

Pièce en quatre actes de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940)

Un spectacle de Macha Makeïeff

Lumières Jean Bellorini

Avec la complicité d’Angelin Preljocaj

 

Crédits Photos Pascal Victor

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