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« La disparition du paysage » : Un tragique seul en scène mené par Denis Podalydès

« La disparition du paysage » : Un tragique seul en scène mené par Denis Podalydès

23 novembre 2021 | PAR quentin didier

Aurélien Bory met en scène un texte de Jean-Philippe Toussaint sur la tragique tentative d’un homme de recouvrer des sensations après avoir été victime d’un attentat. Denis Podalydès mène ce seul en scène présenté au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 27 novembre.

Une triste coïncidence fait se dérouler en même temps cette création contemporaine et les procès des attentats du 13 novembre. Dans cette horreur, une question revient régulièrement : comment se reconstruire après avoir été victime d’un tel événement ? Une question qui peut parcourir le texte fataliste de Jean-Philippe Toussaint où le personnage interprété par Denis Podalydès tente de se souvenir du drame. Mais cette quête pour mettre des mots sur l’inexplicable peut-elle mener quelque part ?

Par la fenêtre rien ne se passe

Le protagoniste se réveille paralysé, dans une triste chambre à Ostende en Belgique flamande, et avec pour seule compagnie une fenêtre. On peut voir métaphoriquement cet élément comme une porte ouverte sur le monde, un monde que la victime va devoir reconquérir non sans difficulté. Mais ici la fenêtre donne malheureusement sur le toit d’un immeuble en chantier. Le mur auquel il fait face est donc en plus voué à s’agrandir, et à occulter encore un peu plus ce minuscule champ de perspective. Le personnage interprété par un impeccable Denis Podalydès s’interroge à travers de longues tirades, mais au fond il le sait, il y a de grandes chances qu’il n’y est rien devant lui.

La fenêtre de sa chambre est d’une terrible manière, la seule chose qui le rattache au monde, celui d’avant et peut-être celui d’après. Il peut y voir des choses bouger alors que lui est condamné à être immobile. Le motif de la fenêtre est ici repris dans le texte de Jean-Philippe Toussaint avec une dimension fataliste. Aurélien Bory accentue le dialogue entre le protagoniste et l’élément en question dans une mise en scène brillante où le questionnement métaphysique est souligné par une scénographie proche du surréalisme.

Une scénographie brillante

Le décor scénographique est simple mais terriblement efficace. Aurélien Bory utilise un encadrement de 3 mètres sur 5 au fond de la scène comme un écran de projection de l’inconscient du personnage. Cet écran n’en est pourtant pas totalement un, il est en réalité en trois dimensions. Le jeu visuel qui alterne entre deux et trois dimensions est très réussi, et il va surtout permettre d’imager parfaitement la quête philosophique d’un personnage brisé. Il retranscrit à merveille les simples choses qu’il voit par la fenêtre, mais aussi ses songes les plus inconscients, les sensations qui précédèrent ou composèrent le drame de l’attentat…

Cette fenêtre est la seule chose qui rattache le personnage de Denis Podalydès à la vie. Mais celle-ci rétrécit, s’obscurcit au fur et à mesure qu’il se perd dans ses pensées et sa mémoire, comme si elle annonçait sa tragique et injuste condamnation.

 

Visuels : ©Aglaé Bory

La disparition du paysage, texte de Jean-Philippe Toussaint, mise en scène d’Aurélien Bory, avec Denis Podalydès.

  • A retrouver jusqu’au 27 novembre au Théâtre des Bouffes du Nord. Du mardi au vendredi à 20h30, et le samedi 27 novembre à 15h30 et à 19h.
  • Les 2 et 3 décembre à l’Equinoxe, Scène nationale de Châteauroux
  • Le 1er février au MA, Scène nationale de Montbéliard
  • Le 10 février à l’Agora, PNC Boulazac-Aquitaine
  • Le 22 février au Rive Gauche, Scène conventionnée de St-Etienne-du-Rouvray
  • Le 25 février au Grand Théâtre d’Angers, dans le cadre des Hivernales du festival d’Anjou
  • Le 11 mars à l’Agora, PNC Boulazac-Aquitaine
  • Du 15 au 18 mars au ThéâtredelaCité, CDN Toulouse Occitanie
  • Du 23 au 25 mars à la Coursive, Scène nationale de La Rochelle
  • Le 8 avril au Théâtre de Chelles
  • Le 19 avril au Théâtre du Luxembourg, Meaux
  • Les 11 et 12 mai à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy
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quentin didier

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