Théâtre

La décennie rouge, de Michel Deutsch à la Colline

23 mars 2009 | PAR marie

 la-decennie-rouge« Il faut faire confiance au prolétariat » déclare d’outre-tombe Rosa Luxembourg. Les membres de la Bande à Baader ne peuvent croire la révolutionnaire. Leurs pères, ces anciens nazis, ont fait des ruines d’Allemagne de l’Ouest un des plus riches Etats d’Europe. Ce miracle économique qui s’est construit au prix de l’action politique : Bonn s’est vendue aux mains des « impérialistes » américains, tandis que la classe ouvrière, « achetée » à coup d’acquis sociaux et de hausses des salaires, s’est tue. Il n’est dès lors plus possible de faire confiance au prolétariat pour mener la révolution estiment Andreas Baader et sa compagne, Gudrun Esslin. Ce sera donc à eux, étudiants et membres de la gauche extra-parlementaire de mener le combat révolutionnaire. Leur première pierre fut, en avril 1968, le feu aux grands magasins Kaufhof et Schneider à Frankfort. Des cendres de cet incendie naîtra la Fraction Armée Rouge (dite aussi Bande à Baader). Des intellectuels comme la journaliste Ulrike Meinhof se joindront à la bande d’Andreas et, dès 1970, l’action violente sera ajoutée aux vocabulaire des contestataires.

L’histoire de la bande à Baader épouse celle de l’Allemagne sur une décennie, de 1967 à 1977 : en 1967 Benno Ohnesor, un étudiant qui manifeste contre la venue du Shah d’Iran en RFA est abattu par la police. Dix ans plus tard, Baader et plusieurs des membres de la RAF sont trouvés morts dans leurs cellules.

C’est, en deux heures de temps, cette décennie « rouge » que Michel Deutsch raconte. Le dramaturge avait à l’origine créé cette pièce pour la radio (France Culture). Pour évoquer des faits s’étalant sur 10 ans sans prendre parti et sans ennuyer les auditeurs, l’écrivain a écrit un texte à plusieurs « voix » : celles révoltées des jeunes étudiants, celle analytique de la journaliste puis terroriste Ulrike Meinhof, celles soit-disant « neutres » des lecteurs de la presse et, enfin, le son froid de la radio. 

 Sur scène, comédiens, vidéos, et marionnettes s’ajoutent aux voix. Entraîné dans le tourbillon de l’Histoire, le spectateur perd ses repères. Les membres de la bande à Baader sont tantôt de jeunes idéalistes qui ont lu Lénine, Mao et Rosa Luxembourg, tantôt des excités qui ont ajouté au tryptique « sexe, drogue and rock’n roll » le mot « révolution ». Et effectivement, dans leurs panthéons se cotoient les fedayin -auprès de qui ils ont appris le maniement des armes-, Bonnie & Clyde, les Rolling Stones et 1789.

Plus qu’une pièce esthétique, La décennie rouge telle qu’elle est présentée au théâtre de la Colline est une fresque historique. On en ressort l’esprit embrouillé mais ouvert sur une période qui nous paraîssait tellement lointaine…

decennie

 Au Théâtre de la Colline, jusqu’au 10 avril 2009, Petit théâtre, 15, rue Malte Brun, Paris 20e, Métro Gambetta, écrit et mis en scène par Michel Deutsch, avec Jeanne de Mont, Sara Louis, Pascal Sangla, Julien Tsongas, Lucie Zegler. Plein tarif : 27 euros, les mardis 19 euros, moins de 30 ans : 13 euros.  Le mardi à 19h, les mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 21h , le dimanche à 16h. représentations supplémentaires les 28 mars et 4 avril à 15h30. Durée : 1h50 sans entracte

Durée du spectacle : 1h50

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marie

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