Théâtre
La conversation de Bolzano : un Sandor Marai drôle et séduisant à l’Atalante

La conversation de Bolzano : un Sandor Marai drôle et séduisant à l’Atalante

03 avril 2012 | PAR Yaël Hirsch

Avec la complicité de Teresa Ovidio et de Hervé van der Meulen, Jean-Marie Galay et Jean-Louis Thamin transposent  « La conversation de Bolzano » de Sandor Marai au Théâtre de l’Atalante. Dans ce texte à la fois fin et drôle, le grand écrivain hongrois imagine une aventure non écrite par le grand séducteur vénitien Giacomo Casanova. La version théâtrale de ce séducteur vieillissant respecte le texte à la lettre. Non sans clins d’œil…

Alors que Casanova (Jean-Marie Galay)vieilli s’est enfui des Plombs et s’est réfugié dans une piaule misérable dans une ville au Nord de Venise, Bolzano, le Comte de Parme (Hervé van der Meulen) lui rend visite … avec une lettre amoureuse de sa propre femme. Le barbon-altesse trompé et amoureux de sa belle épouse, Francesca (Teresa Ovidio), se lance dans une exégèse de la courte et impétueuse missive. Et passe un pacte avec un Casanova affaibli et néanmoins digne. Le séducteur défraichi doit passer une nuit avec la comtesse de Parme, une nuit de carnaval bien sûr et lui faire passer l’amour qu’elle lui porte comme une maladie. Après le départ du comte, Casanova se déguise en femme pour remplir sa part du traité. Mais au moment de jouer son rôle, il vacille : serait-ce l’amour qu’il a toujours repoussé ? Décidée, Francesca ne l’a pas attendu bien après minuit et le retrouve dans sa chambre. Elle est habillée en homme et leur nuit se déroule… peut-être pas tout à fait comme le comte l’avait commanditée.

Habillant les protagonistes italiens de cette farce tragique en bourgeois austro-hongrois du début du 20ème siècle, Jean-Louis Thamin propose une version claire et touchante du très beau texte de Marai. Mutique pendant la première partie de la pièce où le comte s’épanche dans un monologue qui est en filigrane une métaphore sur le rôle d’acteur, Jean-Marie Galay est crédible à la fois en séducteur et en saltimbanque fatigué. Un peu perdu et émouvant dans le deuxième acte, il retrouve une présence scénique muette et d’autant plus tragique qu’il est accoutré en grande folle dans le dernier acte. L’apparition de Teresa Ovidio est un bain bouillonnant d’énergie. La comédienne va chercher dans ses émotions pour restituer avec une profondeur vraiment bouleversante la pudeur, la fierté et la profondeur de l’amour de la comtesse. Un joli trio qui ne se comprend pas… La vision quasi-vaudevillesque de ce triangle amoureux est une transposition fidèle de la lettre et de l’esprit du texte de Marai. A l’heure où la paradigme du sexe a remplacé la bonne vieille configuration des alliances entre nobles, Marai ne voit plus en Casanova le flamboyant séducteur. mais l’homme un peu apeuré de voir ses repères foudroyés par l’âge. Le front qui se dégarnit va de paire avec une mollesse qui laisse place aux sentiments et donc au déclin. Le mythe en prend un coup, mais la psychologie est respectée, œil pour œil et renoncement pour renoncement.

« La conversation de Bolzano », d’après Sandor Marai, transposition : Jean-Marie Galay et Jean-Louis Thamin, mise en scène : Jean-Louis Thamin, avec : Jean-Marie Galay, Hervé van der Meulen et Teresa Ovidio, Prima Donna Production.

Photo © Laurencine Lot

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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