Théâtre

La beuverie à mort de « Kolik » d’Hubert Colas à La Ménagerie de Verre

La beuverie à mort de « Kolik » d’Hubert Colas à La Ménagerie de Verre

10 juin 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Homme seul – Regard vide – Tête dans les mains – Regard plein. Devant lui, une centaine de verres sur une table, lui assis derrière, dans un grand espace, un néant noir où la lumière ne vient que par-dessus lui. Dans cette scénographie captivante, Hubert Colas revient avec sa dernière création, Kolik de Rainald Goetz traduit de l’allemand par Olivier Cadiot et Christine Seghezzi. Une expérience fascinante dont on sort différent.

Hubert Colas concentre son travail sur la notion de représentation face au public, en cela, son travail esthétique est intense, la lumière sculpte l’espace et la voix est, à l’instar de son spectacle Mon Kepi Blanc, amplifiée par un micro offrant une tessiture intense aux mots. Seul en scène, Thierry Raynaud captive en offrant un texte qui cherche à perdre le langage. Les phrases n’ont ni début, ni fin, enfin, ne ressemblent pas à la structure classique de la parole. Des mots sont jetés; force, chien, merde, vie, boire… boire beaucoup.

L’homme se saoule et nous abreuve de mots, dans un procédé à la fois militaire, par des concepts jetés comme des ordres et psychanalytique par l’association d’idées, c’est à la chute de l’homme, bouffé par la dépression et l’angoisse de mort que nous assistons impuissants.

En fond de scène, un double se dessine dans une lumière sourde, vidéo, apparition? Le trouble est là. Le jeu de Thierry Raynaud est incroyable, porté par un texte dur, sur lequel il ne trébuche pas, assis, face public, il bouge et nous transporte pourtant, semblant traversé par le verbe. Pourtant, « Kolik » n’est pas tragique, on y rit souvent face aux concepts révélés du comédien. L’homme fuit… l’homme boit pour oublier, il a trop bu, il vomit, l’homme fuit par tous les trous, cette symbolique de la vie qui coule est ici définie par les verres qu’il descend. Jolie métaphore bien menée qui traduit bien le travail de Rainald Goetz qui se situe dans le champ des actionnistes, le monsieur s’étant déjà tailladé le front au scalpel lors de la lecture de son spectacle « subito ».

La force de la pièce réside dans la violence du propos associé à une scénographie en apparence immobile. L’immense petitesse de l’homme face au temps et à l’espace est ici traité avec élégance et force. Kolik, en allemand « colique », saoule, retourne le ventre, l’effet est là, réussite totale.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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