Théâtre
John and Mary : Thomas Bouvet fige à l’extrême la pièce de Pascal Rambert

John and Mary : Thomas Bouvet fige à l’extrême la pièce de Pascal Rambert

17 octobre 2012 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre de Vanves, Thomas Bouvet met en scène « John & Mary » de Pascal Rambert. Il prend le parti osé et extrême d’une rigidité formelle éprouvante et hermétique.

Formé au cours Florent et remarqué avec sa compagnie Def Maira pour son travail sur « La Cruche cassée » de Kleist aussi bien au Théâtre 13 qu’au Festival Impatience à l’Odéon où la pièce a été présentée, Thomas Bouvet poursuit sa belle carrière en tant qu’acteur et metteur en scène. On s’en réjouit mais on a du mal à le suivre dans ses choix esthétiques et dramaturgiques sur la pièce de Pascal Rambert qu’il monte actuellement.

Autant l’écriture de Rambert est concrète, aussi bien dans sa sensualité que dans son âpre agressivité, autant la mise en scène qu’en fait Thomas Bouvet est immatérielle, désincarnée, d’une excessive raideur. Des guerres des sexes, des rapports de force, de la violence, de la voracité, de l’érotisme des situations, rien ne transparaît sur le plateau froidement mortifère et cette inexistante organicité fait cruellement défaut au spectacle.

Thomas Bouvet a par contre conçu une belle scénographie atemporelle, ténébreuse, un poil trop esthétisante mais d’un fort bel effet, qui donne une impression d’immensité et de vertige à l’espace comme s’il se prolongeait de toutes parts en se réfléchissant à un grand miroir en fond de scène et dans l’eau qui recouvre la totalité du sol. Faiblement éclairés par une rangée de projecteurs latéraux, les acteurs campant sept personnages, sept figures de l’amour, et se présentent camouflés, la chair calfeutrée dans des habits noirs, jupes ou vestons longs, cols roulés, seuls leurs mains et pieds sont nus. Ils demeurent statiques et proliférant. Louons-les quand même pour la discipline avec laquelle ils se plient à ce strict exercice.

On croit deviner les inspirations du jeune metteur en scène qui emprunte à Stanislas Nordey sa frontalité et son hiératisme si caractéristiques, à Régy ses lumières crépusculaires et son traitement dilaté du temps et de la parole mais il parvient difficilement à instaurer une dynamique, une progression et une densité véritables.

 

Photo ©Timothée Eisenegger

Was bleibt, un drame familial magnifiquement interprété par Lars Eidinger et Corinna Harfouch
La Semaine du Goût 2012. Pour nous apprendre à savourer
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *