Théâtre

Jeux de cartes, le théâtre à 360° de Robert Lepage

Jeux de cartes, le théâtre à 360° de Robert Lepage

29 mars 2013 | PAR Christophe Candoni

La nouvelle création de Robert Lepage, donnée en ce moment à Paris et en tournée dans le monde entier, trouve son inspiration et son titre dans un simple jeu de cartes. « Pique » (qui sera suivi Cœur, Carreau, et Trèfle) en est le premier volet vu aux ateliers Berthier de l’Odéon. Habitué des spectacles à grandes dimensions qu’il déploie avec merveille sur les plus importantes scènes théâtrales et lyriques internationales, Lepage quitte Le Ring de Wagner pour une autre tétralogie ambitieuse qu’il met en scène sur un plateau rond à 360 degrés. Il y présente l’Amérique déboussolé au début de notre siècle comme un monde chaotique et illusoire mené et miné par l’argent facile et destructeur, le jeu, le sexe, la guerre, le hasard.

Le dispositif scénique très original et visuellement spectaculaire est un immense plateau circulaire et mobile qui renferme en lui et pour seules coulisses des dessous qu’on imagine exigus et pourtant plein de ressources. Quantité de décors y sont contenus. Un casino avec ses machines à sous et ses croupiers, une salle de restaurant, une piscine, des chambres d’hôtel, un aéroport, un bar, le désert apparaissent magiquement par les trappes tout comme les acteurs. Tout s’enchaîne avec une dextérité épatante, ce qu’on doit à la précise organisation souterraine de machinistes nombreux.

La pièce se passe pour l’essentiel dans un luxueux hôtel de Las Vegas, ville lumière au clinquant factice où les paillettes du show business cachent la misère d’une réalité toute autre. Particulièrement inspirés, six comédiens seulement interprètent un nombre conséquent de personnages très différents : un couple de jeunes mariés, un homme aux responsabilités professionnelles importantes accro aux jeux d’argent, une femme de ménage, immigrée mexicaine et sans papier, des jeunes soldats venus des quatre coins du monde engagés dans les forces de coalition pour s’entraîner à quelques pas des casinos, dans le désert de Mojave , en vue d’une intervention en Irak… Leurs destinées se croisent et se recoupent autour des thèmes forts du mal-être, de l’humiliation, de la servilité, de la solitude dans nos sociétés contemporaines.  Ce propos pourrait être captivant s’il n’était traité d’une manière aussi simpliste et étirée. La longueur de la représentation et le manque de densité de son propos sont les faiblesses du spectacle et c’est bien dommage. Lepage a misé sur d’autres belles cartes : la luxueuse et inventive scénographie de Jean Hazel et les superbes lumières donnent à l’ensemble une atmosphère à la fois réaliste et onirique à la Hopper, baignée de luxure et d’addiction, de mélancolie et de frénésie ; cela suffit-il à impressionner ?

photo © Erick Labbe

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “Jeux de cartes, le théâtre à 360° de Robert Lepage”

Commentaire(s)

  • Didier

    Vous êtes bien indulgent. La machinerie, les éclairages, un certaine virtuosité technique ne rendent le spectacle que plus décevant. Ils soulignent l’indigence du texte et même ….la faiblesse des acteurs…
    Et quand on a eu la chance de voir la trilogie du dragon ,la face cachée de lune,etc… la déception n’en est que plus grande.
    Robert Lepage deviendra-t-il une machine à produire « en automatique » des spectacles beaux et vide ?

    mars 30, 2013 at 13 h 11 min

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