Théâtre

Jérémie Graine, éblouissant dans son pyjama.

Jérémie Graine, éblouissant dans son pyjama.

07 octobre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

Jérémie Graine nous invite à une immersion dans les méandres de son inconscient torturé, à travers une galerie de personnages détraqués, sur les chemins de l’apaisement et de la réconciliation avec lui-même. Mais avec du second degré parce que se prendre au sérieux, c’est mal.

Parfois, rarement, un one man show, à l’instar des courts métrages au cinéma, annonce autre chose, une aventure artistique plus forte. Ce spectacle est certainement le début d’une grande carrière.

Disons le nettement, la vie de Jérémie Graine est une tragédie, une succession de malheurs si régulière qu’elle en devient comique.   Dès sa naissance, il sent les doigts glacés, fourchus, griffus et poilus de la mort. Les chirurgiens l’ouvrent en deux comme un poulet, posent un gros bouchon en plastique sur le trou qu’il avait dans le cœur et le condamnent ainsi à connaître la vie avec sa cohorte d’humiliations, de souffrances et de repas à la cantine scolaire. Ses parents lui donnent le nom d’une douleur physique et comme si cela ne suffisait pas pour détruire définitivement son équilibre psychologique, il obtient son bac à 14 ans.

Dans son nouveau spectacle, entre one man show et seul en scène, il dresse le portrait des impartiales agences de notation si peu respectueuses du capital humain ou des rapports un tantinet compliqués de l’Église avec l’homosexualité.  Il dresse aussi le portrait d’un personnage, captivant, un acteur casté pour travailler avec le grand Spielberg et traversé par la peur de vaincre et la peur de décevoir. Il nous raconte les déconvenues de cet alter ego  comme un compte-rendu d’une bonne tranche de psychanalyse. J’ai compris que pour être parfait il fallait que j’accepte mon imperfection, commence-t-il pour à la fin de la scène, à la fin d’un combat imaginaire avec son double surmoïque, se confronter à cette imperfection, à ce manque là, à sa peur. Après un temps de doute où il regrette d’avoir accepté le rôle, après avoir fait le rêve d’en mourir même, il laisse ce diable en lui fondre et disparaître dans une énième tentative de le déstabiliser : Je sens ton odeur, l’odeur de la peur !

Mais Jérémie n’a pas peur, du moins pas trop, du moins pas plus que nécessaire. Pas simple. Mais Jérémie qu’il faut aller voir, aime-t-il ce qu’il clame : la simplicité?

 

Jérémie Graine dans A l’étroit dans sa tête, Le Lieu, 41, Rue de Trévise, 75009 Paris

du vendredi 9 octobre 2015 au vendredi 18 décembre 2015

David Rofé-Sarfati
Visuel : DR

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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