Théâtre

Jeanne d’Arc admirablement mise en chair et en poésie par Laurent Fréchuret et Laurence Vielle

Jeanne d’Arc admirablement mise en chair et en poésie par Laurent Fréchuret et Laurence Vielle

29 octobre 2011 | PAR Liane Masson

Depuis plus de quinze ans, le metteur en scène Laurent Fréchuret tient un journal poétique sous forme de fragments. Il en a extrait ses idées, impressions et obsessions les plus tenaces, et les a rassemblées autour de la figure de Jeanne d’Arc pour finalement donner naissance à Sainte dans l’incendie. Un texte fort, concret, charnel, puissamment incarné par une Laurence Vielle fascinante. Cette pièce marquante est à découvrir à la Maison de la Poésie jusqu’au 6 novembre.


Dans la petite salle voûtée de la Maison de la Poésie, transformée par un parquet clair et une lumière franche, Laurence Vielle entre après nous par la porte du fond. L’air un peu apeurée, elle va s’asseoir sur l’unique banc qui l’attend dans un coin du plateau, et se remplit de silence en balayant l’assistance de ses grand yeux pénétrants. Le théâtre est déjà là, dans cette présence énigmatique et silencieuse, dans ce corps impatient, tout entier habité par l’énergie du texte que la comédienne s’apprête à dire et à vivre. Soudain, elle rompt le silence. Les mots arrivent comme une boule de feu lancée à toute vitesse, avec la précision de celui qui prend le temps de bien viser avant d’attaquer. Et nous voilà d’un seul coup plongés au cœur de l’enfance de Jeanne, espiègle fille de la campagne, qui dès le début, a « le sentiment d’avoir un mur mitoyen avec Dieu ». Après l’enfance, l’adolescence. Jeanne quitte le foyer, guidée par les saintes voix qui la visitent. Seule, elle parcourt la France à la hâte et accomplit le chemin légendaire que l’on sait. C’est la course folle de cette jeune fille passionnée que raconte Laurent Fréchuret, avec une poésie radicalement vivante.

Les images convoquées par le texte sont puissantes. Elles nous embarquent, nous agrippent, et ne nous lâcheront pas une seule seconde. Durant une heure pleine de densité poétique autant que théâtrale, Laurence Vielle nous fait traverser la courte et surprenante vie de Jeanne d’Arc. Elle nous immerge dans ses convictions, ses croyances, ses rêveries, sa folie… jusqu’au bûcher final : passage terrible où l’on ressent la moindre flamme dévorer le corps de Jeanne, comme si le feu rongeait proprement le nôtre. Le corps de la comédienne semble lui aussi parfois sur le point de s’enflammer. Dans une tension permanente,  il veut se poser mais ne tient pas en place. Nerveux, un peu bancal, il piétine, trépigne, menaçant de se déséquilibrer, de fuir ou de basculer à tout moment. L’adresse est forte, captivante, avec souvent, cette distance amusée qui permet de créer de la complicité. Les mots résonnent directement en nous. Et toujours, les grands yeux enfantins de la comédienne nous fixent, brillants d’attention et d’émotion. Cette présence : remarquable, fascinante, et cette langue : si imaginative, si vivace, nous ne sommes décidément pas prêts de les oublier.

C’m’di c’est Cantoche !
Des spectacles jeunes publics pour tous les spectateurs
Liane Masson

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