Théâtre

Au festival d’Aurillac : « J’ai peur quand la nuit sombre », une pièce lacanienne d’après le Chaperon rouge.

Au festival d’Aurillac : « J’ai peur quand la nuit sombre », une pièce lacanienne d’après le Chaperon rouge.

19 août 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Cette année, le festival international de théâtre de rue accueillera pas moins de 667 compagnies  faisant d’Aurillac la plus grande réunion des artistes de rue et du spectacle vivant en Europe. Ainsi 815 spectacles y sont programmés durant quatre jours entre une programmation dite In et des spectacles de compagnies de passage.

Des compagnies venues du monde entier

Sur les 667 compagnies d’ores et déjà inscrites, 69 viennent de l’étranger, Brésil, Colombie, Argentine, Grèce, Israël, Chili, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Japon et  Corée du sud. L’édition 2019 compte 18 spectacles et créations programmés dans le In, le planifié. Certains spectacles possèdent une  billetterie tandis que les spectacles donnés par les compagnies de passage sont au chapeau. Cette année le festival programme entre autres trésors le singulier et hors du commun geste de théâtre en clairière de Edith Amsellem. L’artiste y revisite la légende du Chaperon Rouge et propose un spectacle déconseillé aux moins de 12 ans sur les relations méres-filles, le patriarcat ou le mouvement metoo. L’ensemble est étonnant, contributif et joyeux.

« J’ai peur quand la nuit sombre », un dispositif scénique inédit

Ce spectacle est conçu hors les murs. Un bout de forêt aménagé avec d’un fil rouge en guise de barrière qui borde trois lieux, la demeure d’une mère, celle d’une grand-mère et au centre un endroit sauvage qu’arpente le loup. Le public est invité à déambuler à son rythme, à s’assoir à sa guise. Vous êtes libre explique la voix off, Edith Amsellem, qui nous borde avant que nous soit raconté ce conte pour adultes. Ainsi le spectateur saura lentement s’approprier le lieu pour s’approprier la pièce et son discours. Plusieurs scènes sont jouées en même temps dans les trois lieux. Ainsi nous assistons par exemple à l’échange entre la mère et sa fille sur la nécessité de se défendre alors que plus loin le loup agresse la fille. L’empilement de scènes compose un enchâssement de textes et de sous-textes qui se révèle une expérience fabuleuse. (Il est a ce titre conseillé d’assister à deux représentations consécutives). Tous les comédiens communiquent leur totale implication et font émerger le geste théâtral alors qu’au milieu d’un bout de nature. Yoann Boyer incarne un loup physique et déterminé,  sans texte car la violence remplace chez lui les mots. Laurène Fardeau et Lou Montézin sont avec talent deux chaperons rouges frais et volontaires. Anne Naudon défend le personnage cardinal de la mère avec force, tandis que Laurence Janner, révélation de la pièce est une grand-mére attachante, intelligente, bouleversante et incroyablement authentique. La création musicale finit de susciter notre plaisir de spectateur.

Un sujet galvaudé et pourtant

Le sujet est actuel. On y parlera de l’auto défense à apprendre aux femmes qui se sont habituées depuis si longtemps à éviter de sortir vers un dehors réputé masculin; la pièce aborde par ce biais la problématique du harcelement parfois avec un phrasé de banlieue plus réel que nature. On parlera aussi avec application des règles féminines ou de la ménopause. A chaque fois, cette parole de femmes jetée au public au milieu de cette nature sauvage est un moment rare de théâtre.

Edith Amsellem a un but, celui de raconter la femme dans ces peurs, de la puberté à la ménopause et, c’est vertueux, en traversant la peur intériorisée depuis des siècles, atavique et légitime. Elle réussit à nous faire résonner ces terreurs la nuit dans ce lieu hors-les-murs et mystérieux. La pièce est riche de cela.

Elle réussit autre chose, celle de déplier la question des relations mères-filles dans une lecture lacanienne. Une femme lorsqu’elle va bientôt devenir mère pour la première fois revisite mentalement la relation à sa mère. Cette proximité de pensée dans le temps, cette métonymie lacanienne va associer pour toujours la petite fille qui va naitre à sa grand-mère. La petite fille, le Chaperon Rouge sera utilisée désormais par sa mère comme l’outil de mise à distance en même temps que l’organe de médiation entre celle-ci et sa propre mère. Le fil rouge présent partout dans la pièce tricote la chose commune non encore verbalisée entre les personnages, il est le fantasme. Par la teneur de son texte et son dispositif inédit, la pièce d’Edith Amsellem est indiscutablement prégnante et réussie.  

 

J’ai peur quand la nuit sombre
Adaptation et mise en scène Edith Amsellem
D’après des versions du Chaperon rouge issues de la tradition orale
Une programmation commune la Criée et Le Merlan, Scène nationale de Marseille. Coproduction La Criée
Avec Yoann Boyer, Laurène Fardeau, Laurence Janner, Lou Montézin, Anne Naudon
Création sonore et musique : Francis Ruggirello
Scénographie : Edith Amsellem, Laurent Marro, Charlotte Mercier, Francis Ruggirello
Création costumes :  Aude Amédéo travail autour du tricot Charlotte Mercier
Coiffures et maquillages : Geoffrey Coppini régie générale Laurent Marro
Régie son : William Burdet

Crédit Photos Antoine Icard

Du 21 au 24 août à 20h30
Départ en navette, Aurillac 36 Avenue des Pupilles de la Nation 
Durée : 1h10 ou 2h20 (+ temps de trajets)

Tarif unique : 15€
Pour adultes et enfants à partir de 12 ans

lien de réservation

Production ERD’O, Coproduction Le Merlan scène nationale de Marseille, La Criée, Théâtre national de Marseille, Le Pôle Arts de la Scène – Friche la Belle de Mai (Marseille), Le Théâtre de Châtillon, La Passerelle scène nationale de Gap, Le Citron Jaune – Centre National des Arts de la Rue, Lieux Publics Centre National de Création en espace public

Infos pratiques

L’Atelier des artistes
La Cigale
DUPRAT-BEATRICE

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