Jacques Weber, un maître sur les planches
Cette série de représentations dans la petite salle Popesco du théâtre Marigny est la dernière occasion de voir le « Seul en scène » de Jacques Weber. Ce spectacle a été monté à partir de textes variés, choisis par l’acteur dans le répertoire théâtral et dans la littérature classique et contemporaine. Ainsi le programme se compose autour de Molière, Rimbaud, La Fontaine, Claudel, Flaubert, Musset, Duras…Jacques Weber l’a joué de nombreuses années épisodiquement et continue de remporter un grand succès.
Jacques Weber se présente sur le plateau sombre en toute simplicité, sans aucun artifice. Une stature et une voix imposantes. Il y a un tabouret et quelques livres, même s’il connaît plus que par cœur les textes et entame un morceau de bravoure : la tirade des « non merci » tirée de Cyrano de Bergerac, un rôle qu’il a tant joué sous la direction de Jérôme Savary, un rôle avec lequel il a lutté aussi s’usant jusqu’à perdre sa voix ! Les mots claquent et retentissent, et à travers ce personnage, c’est Weber qu’on voit, un acteur libre, affranchi, qui nous propose un manifeste de théâtre.
Weber est généreux. Il dit ces textes avec un plaisir non dissimilé et communicatif. Il installe une vraie complicité avec le public sans jouer à l’acteur cabot, il veut partager son amour des mots. Sa diction est concrète, son interprétation gourmande. Il respecte les textes sans tomber dans la sacralisation. Lorsqu’il se lance dans un commentaire stylistique de la célèbre fable « Le Corbeau et le renard » enthousiasmant et fort juste, il prouve que la littérature classique est un patrimoine vivant, qu’elle passe par le corps, qu’elle trouve sa respiration dans la chair, la passion. On trouve aussi un hommage tendre à Molière à travers des passages du roman de Boulgakov. Jacques Weber joue aussi un extrait de Don Juan et chante, amusé, l’air d’ivrogne de Sganarelle dans Le Médecin malgré lui.
Par la sélection de ces textes, Jacques Weber nous donne l’impression de se dévoiler un peu. Il se livre avec les mots des autres. Il se reconnaît dans les grands auteurs car ils font écho à sa colère, sa révolte, ses failles, ses peurs… Ainsi, il nous parle de son enfance, entre fiction et réalité, en citant Courteline et convoque Boris Vian (« Je voudrais pas crever ») pour évoquer le temps qui file et l’approche angoissante de la mort. Le moment où il singe le vieux Corneille est jubilatoire. Tout cela avec une réelle sincérité. Cette soirée donne envie de se plonger dans notre bibliothèque et lire et relire les poètes qui ont tant de choses à nous apprendre sur le monde et sur nous-mêmes.
« Seul en scène » de Jacques Weber, 30 dernières irrévocables, au Théâtre Marigny. Carré Marigny – 75008 PARIS, Tél : 01 53 96 70 30, métro Champs-Elysées Clémenceau.