Théâtre
[Interview] Cecilia Dassonneville, comédienne : « vivre intensément »

[Interview] Cecilia Dassonneville, comédienne : « vivre intensément »

29 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

Comédienne, musicienne, étudiante en lettres, mais aussi, entre autres, mannequin – ce dont elle ne parle pas dans l’interview -, Cecilia Dassonneville a plus d’une corde à son arc, un quotidien – semble-t-il – plus que rempli, et ne compte pas s’arrêter là, nous confiant sa volonté, qu’elle met au-dessus de tout, de, surtout, « vivre intensément ». Par sa force et sa fragilité mêlées, sa totale et désarmante sincérité, ainsi que son abandon profond et sans réserves, elle nous avait beaucoup séduits et touchés dans L’amour sera convulsif ou ne sera pas, écrit et mis en scène par Jacky Katu ; ce qui nous a poussés à vouloir la rencontrer. Vous pouvez la voir à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 15 février, les jeudis, vendredis, dimanches et samedis. Entre nous, courez-y (conseil d’ami).

Bonjour Cécilia. Pour commencer, comment êtes-vous arrivée sur ce projet ?

J’ai rencontré Jacky Katu à la fin du mois de mai dernier, et j’ai passé une audition pour intégrer le spectacle pour Avignon.

Il y avait beaucoup de candidates ?

Ça, je ne sais pas, c’est le mystère (petit rire). Je crois qu’on était une dizaine.

Vous aviez vu une annonce ?

Non, je suis allée voir la dernière de son spectacle Sauve qui peut la vie. Il y avait une soirée après chez Jacky. J’y suis allée, et j’ai appris qu’il cherchait une comédienne. On a échangé nos mails, et j’ai passé l’audition trois jours après.

Aviez-vous lu la pièce avant de passer l’audition ? 

Non, je savais qu’il allait créer une autre version de L’amour sera convulsifSauve qui peut la vie avait la même structure, sur un thème différent. J’avais donc une idée de son travail.

Qu’est-ce qui vous séduit dans son écriture ? 

Je trouve le texte de mon monologue très puissant et très beau ; il me touche beaucoup. Ce que j’ai apprécié avec Jacky, c’est que j’ai réussi à m’approprier son écriture, à l’intégrer à ma vie. J’aime qu’il faille aller chercher loin en soi émotionnellement, et je pense avoir pu livrer une partie de moi-même dans ce monologue.

C’est quelqu’un qui donne beaucoup d’indications de jeu ?

Non, pas tant. Il nous laisse assez libres dans notre création. Il donne des indications en fonction de ce qu’il veut, mais on cherche aussi avec lui. Il nous laisse proposer des choses, que l’on décide de garder ou non. En général il reste très ouvert à notre créativité.

Les autres comédiens, vous les avez  rencontrés rapidement ? Il y a eu des lectures ?

Deux jours après l’audition il y a eu la première répétition, et Avignon un mois après. On a répété de manière intense jusqu’au départ. J’avais rencontré les comédiens avant, je les avais vus dans l’autre pièce, mais on a vraiment appris à se connaître après l’audition. Je me suis intégrée assez rapidement au groupe.

L’alchimie entre vous s’est bien passée ?

Oui (sourire).

Moi ce qui m’a plu notamment c’est le côté libérateur de la pièce, et cathartique. C’est quelque chose que vous avez pu éprouver également ? Dans votre cas, le fait de pouvoir dire « Baise-moi » plein de fois ?

Oui, il y a le plaisir de se lâcher et de ne plus être conventionnel, de dire des choses intimes, qui sont tabou, il y a ce plaisir-là …

C’était avant tout du plaisir pour vous ? Il n’y a pas eu de gêne ?

Il y a eu une gêne à la première répétition, au moment de faire l’amour avec les chaises par exemple. Mais il y a une telle bienveillance dans ce groupe, une telle envie d’y aller ensemble, qu’elle a vite disparu. On est très vite devenus intimes à Avignon.

Vous pouvez nous parler un peu de votre formation ?

Bien sûr (rire). J’ai commencé le théâtre quand j’étais enfant, et j’ai continué adolescente. J’ai fait une classe préparatoire littéraire, et après ma prépa j’ai commencé à me professionnaliser dans une école de théâtre privée. Mais je me suis rendue compte que je n’apprenais pas vraiment mon métier de comédienne dans cette école. J’ai rejoint le studio  « Le Petit Soleil » dirigé par Javier Cruz. J’avais vu une mise en scène de lui ; j’avais beaucoup aimé le jeu des comédiens et je savais qu’il avait son propre cours. Il est aujourd’hui mon professeur et je continue à m’entraîner et à apprendre mon métier avec lui. Je considère qu’on se forme toute notre vie. En parallèle je me forme en tant que chanteuse, je fais de l’équitation et du clavecin. Je développe des compétences en plus du métier de comédienne car je les considère comme étant liées : ma créativité se développe aussi grâce à la musique. L’équitation me permet de me dépasser, d’affronter mes peurs, j’y développe une conscience corporelle différente.

Avez- vous fait de la danse aussi ? Il y a plusieurs moments de danse dans le spectacle …

Oui, j’ai fait de la danse. Avec Javier, on travaille beaucoup sur la liberté corporelle.

Et les moments de danse dans L’amour sera convulsif étaient-ils assez chorégraphiés, millimétrés ?

Pas du tout, l’interprétation est libre. J’aime beaucoup danser pour le plaisir, et comme j’en ai déjà fait, je suis assez à l’aise avec ça.

Y a-t-il même des choses qui peuvent changer d’une représentation à l’autre ?

Il y a parfois des variations en fonction de nos pulsions mais l’image reste la même.

A ces moments-là y a-t-il quand même une interaction avec les autres comédiens, ou chacun reste dans « son monde » ?

Non, ce moment est individuel, intime. Chacun a son univers.

Même le moment où vous êtes couchés par terre ?

Oui, ça aussi c’est un moment individuel. Même si on a mis en place une structure, des étapes – vous avez dû remarquer qu’il y avait des étapes – on se laisse la liberté d’improviser et de s’exprimer.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d’être actrice, dans le fait de jouer ?

Ah… (petit rire). Eh bien j’ai conscience qu’un jour je serai morte. Je pense qu’il n’y a rien après et je veux vivre intensément les années qui me restent à vivre. Avoir de l’audace dans ma vie. Il y a une phrase que je me répète souvent de Simone de Beauvoir – « La prudence condamne à la médiocrité » -, et je refuse de rester dans un cadre. J’ai toujours aimé ce côté-là, et j’ai l’impression de vivre intensément avec ce métier, enfin ce n’est pas une impression, c’est la réalité. Je deviens de plus en plus proche de mes émotions, et ce sont des joies très fortes, des joies immenses, et puis parfois de grandes tristesses. C’est ce que je veux, vivre ! Je ne me voyais pas faire un métier qui m’ennuie. Je prends un risque financier, je le sais, mais je veux essayer et ne pas m’endormir dans un quotidien. Quand je serai sur le bord de ma tombe, je serai heureuse de me dire que je n’ai pas vécu dans mes rêves.

Et la prépa littéraire, ce sont vos parents qui vous ont poussée à faire ça ? 

Non, non ils m’ont toujours laissé beaucoup de liberté. J’ai fait un baccalauréat littéraire – je suis d’ailleurs encore étudiante en lettres -, j’aime beaucoup la littérature et j’ai décidé après le bac de solidifier mes bases. J’avais envie de me cultiver et d’apprendre.

Etes-vous une grande spectatrice ? Allez-vous souvent au cinéma, au théâtre ?

J’essaye au maximum, oui.

Quels sont par exemple les actrices ou les acteurs qui peuvent vous inspirer ?

Il y en a tellement … J’aime les actrices hollywoodiennes comme Ava Gardner ou Lauren Bacall. J’aime aussi l’animalité de Béatrice Dalle. Elles peuvent m’inspirer quand je prépare un rôle ou une scène. Je n’ai pas de modèle précis, je me développe et j’essaye d’être la meilleure que je puisse être, je ne cherche pas à ressembler à quelqu’un …

Pouvez-vous nous citer quelques films particulièrement importants pour vous?

J’aime beaucoup Kieslowski, notamment son Décalogue. Je suis très touchée par sa subtilité, que je trouve d’une très grande beauté. Comme aussi dans le triptyque  Bleu-Blanc-Rouge. J’aurais beaucoup aimé travailler avec lui.

Y a-t-il des réalisateurs vivants aussi avec lesquels vous aimeriez bien tourner ?

J’ai regardé récemment Portrait de femme de Jane Campion. J’avais aussi vu entre autres Bright Star et sa série Top of the lake. J’adorerais tourner avec elle (sourire).

Avez-vous eu des chocs au théâtre ?

Non, pas récemment.

Et si on remonte un peu dans le temps ?

A Avignon j’ai vu une adaptation de Salomé d’Oscar Wilde par la Théatre Lab Company, une troupe londonienne dirigée par Anastasia Revi. Je suis allée les voir deux fois et je dois dire que j’ai été happée par ce spectacle. L’actrice principale, Denise Moreno, était superbe. Je rêve de travailler avec eux un jour.

Comment avez-vous découvert le théâtre ?

J’ai commencé le théâtre quand j’étais enfant, puis, à 16 ans, j’ai intégré un petit théâtre à Meaux. J’y ai joué dans une adaptation de West Side Story dans laquelle j’interprétais Maria.

Et là dans l’immédiat, avez-vous des projets – de pièces ou autres ? 

Pour l’instant je travaille avec la troupe de Jacky, et je continue à me former. J’ai des projets, mais je  préfère ne pas en parler.

Crédits photos : Kazia Konsinski.

Propos recueillis au Cavalier Bleu, 143 rue Saint-Martin (1er). Remerciements chaleureux à Cecilia Dassonneville.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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