Théâtre
[Interview] Adrien de Van et Valerie Donsonville : « Le combat principal était que le Théâtre Paris Villette ne ferme pas »

[Interview] Adrien de Van et Valerie Donsonville : « Le combat principal était que le Théâtre Paris Villette ne ferme pas »

09 décembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pendant plus d’un an, la saga Théâtre Paris Villette a retenu en haleine toute la communauté théâtrale. Le théâtre avait fermé ses portes le 15 décembre 2012. Toutes les rumeurs ont circulé. Le Hall, centre dédié à la musique, devait possiblement s’y nicher. Finalement, c’est un théâtre qui se sera substitué au théâtre.

C’est un duo composé de Valérie Dassonville et d’Adrien de Van qui succède à Patrick Gufflet. Le Théâtre Paris Villette était menacé de fermeture depuis le mois de mars 2012, mais c’est à la fin du mois de septembre que « la Ville de Paris a déploré l’impasse financière dans laquelle s’est mise la SARL Paris Villette » (Communiqué de Presse de la Mairie de Paris datant du 27 septembre 2012) en reprochant à son directeur, Patrick Gufflet, l’insuffisance des mesures de redressement orchestrées. Cette décision, arrivée comme un couperet fin septembre et créant un manque à gagner de 800 000 euros, a mis les salariés et artistes du théâtre dans une impasse, ceux-ci n’étant plus payés depuis lors et travaillant bénévolement.

Tel un symbole, c’est un an quasiment jour à jour que le théâtre rouvre ses portes avec une direction consciente de la double nécessité de filiation et d’indépendance.

On rencontre Adrien de Van et Valerie Donsoville dans leur bureau, bien niché au cœur des travaux qui visent à retaper le théâtre.

Comment vous sentez-vous, vous qui arrivez après une âpre et douloureuse bataille ?

Adrien de Van : Sur la transition, sur la fermeture. Pour nous c’est une page qui s’est tournée. C’est une question qui s’est posée au moment de définir le projet, qui n’était pas une table rase. Ce lieu a une histoire chouette de laquelle on part, que l’on enrichit. On reste au cœur de ce qu’a été ce lieu. On a constitué une équipe mixte faite de ceux qui étaient là et de nouveaux venus. Une fois l’équipe composée, la question est devenue très concrète : le projet, le lieu, son histoire; son avenir. Valerie Donssoville ajoute : « on est pas vraiment confrontés à cela ». Cela aurait été plus compliqué si le théâtre était devenu un lieu musical. Le combat principal était que le Théâtre Paris Villette ne ferme pas. Par exemple, Joel Pommerat, très engagé au côtés de Patrick Gufflet, est venu passer un mois de résidence pour créer Une année sans été de Catherine Anne.

Theatre Paris-Villette webPatrick Gufflet a été contraint au départ pour raisons financières. Quelles sont vos solutions pour redresser budgétairement ce théâtre ?

A.D.V : La question n’est pas financière. À un moment donné, le virage qu’a pris la direction du TPV était un projet de recherche qui s’est détourné du public pour se concentrer vers les artistes. Le projet était décalé par rapport au XIXe arrondissement. C’est normal qu’après 25 ans, un projet change. Cela aurait été différent si le TPV avait été un lieu d’État : il serait devenu un lieu labellisé recherche. Le projet s’est alors infléchi, entraînant avec lui des soucis de billetterie.

Quel est votre projet ?

Valérie Donssoville : Le projet aura été d’avoir une réflexion sur l’élargissement des publics, de rassembler le public dans une orientation que l’on a appelée « scène contemporaine jeunesse », mais qui, en fait, se veut le reflet d’un travail mené par des metteurs en scène depuis une quinzaine d’années et consistant à ne plus considérer l’adresse à un public plus jeune comme une façon spécifique de faire du théâtre. Ce projet, c’est avant tout travailler les thématiques et les esthétiques de la façon la plus large possible, donc en s’appuyant sur cette « modification profonde » de la création qu’Adrien et moi avons éprouvé en tant que metteurs en scène. On a souhaité ce lieu-là en particulier puisqu’il est au sein d’un parc, le parc de la Villette, qui a réussi l’enjeu de rassembler, d’être un lieu très éclectique, très familial, mais aussi très pointu, très contemporain. Voilà, il s’agissait pour nous de proposer que ce lieu, sur le plan de la création théâtrale, reprenne les enjeux qui nous semblaient être déjà en place ici.

A.D.V : Oui, les projets des lieux, à un moment donné, reflètent les évolutions du paysage artistique. Ici, le point de pivot c’était la jeunesse. C’est-à-dire qu’il y a des choses qui étaient segmentées : travailler avec les tout petits et travailler vers les publics dits éloignés de la culture. Ces deux choses avaient comme point commun de s’adresser à des spectateurs qui n’ont pas une pratique autonome, qui ne sont pas familiers avec la culture. La question de ce lieu, c’est l’élargissement du public. La question, c’est la jeunesse en tant que spectatrice, et non pas la jeunesse en tant que – de x années. Nous, on a et on va travailler avec des artistes qui correspondent à l’histoire du lieu, c’est-à-dire des artistes de théâtre contemporain qui font des formes très visuelles, des artistes exigeants, mais aussi des artistes nouveaux pour que ce lieu soit un lieu de découverte. Le TPV se construira autour du pivot de l’accessibilité.

Comment pensez-vous capter le public ?

V.D : En premier, en travaillant la programmation : déjà, en se donnant comme priorité de viser ce public-là. On va avoir des spectacles qui ont été pensés pour cela mais d’autres que l’on a trouvé intéressants à montrer à des lycéens. L’enjeu est de fidéliser un public familial. En deuxième, en travaillant la partie artistique.

Tous les deux, dans votre métier de metteur en scène, vous êtes sortis des murs ; vous, Valérie, à l’hôpital et en prison ; vous, Adrien, à l’extérieur. Voulez-vous transmettre ces axes sociaux et performatifs au TPV ?

V.D : Oui. En tout cas, travailler dans des endroits spécifiques comme le milieu hospitalier ou carcéral n’isole pas une problématique. Ce qui m’intéresse, c’est que la parole artistique ait la possibilité de maintenir les uns et les autres dans un récit collectif. On l’éprouve pleinement quand on a affaire à des publics exclus, contextuellement et momentanément, mais il n’y aucune raison que cette problématique ne se retrouve pas ici dans un lieu, avec une rencontre qui a l’air plus simple entre les artistes et un public. On parlait justement de ce partage de l’œuvre à travers différentes générations. Découvrir une œuvre avec un plus jeune que soi et sentir que l’on communique, c’est ça le récit collectif, cela participe de cette rencontre qui va au-delà des âges et des contextes sociaux.

Adrien_devan

A.D.V :  je pense que nos deux expériences sont inscrites différemment dans le projet. Nous avons en commun de nous adresser à un public qui n’est pas un public de spectateurs. Plus que l’idée de se dire « il faut que l’on ait une programmation différente », on veut surtout ne pas s’enfermer dans un fonctionnement. Il y a une variété de forme et de formats à laquelle on veut s’ouvrir.

Quelle sera la programmation ?

A.D.V : Il y aura quatre saisons qui gardent les constantes de la pratique artistique et de la direction envers la jeunesse. Le temps d’automne sera le plus familial, le temps d’hiver sera axé sur le reflet de la vitalité de la création contemporaine théâtrale. Pas de création maison, nous avons été nommés à l’été, mais dès la saison prochaine, le lieu aura une permanence artistique. Six compagnies seront en résidence au fil de l’année.Le temps de printemps sera axé sur les formes nouvelles et le temps d’été permettra de développer des formats dedans/dehors en lien avec le parc.

Vous ouvrez le 13 décembre, qu’attendez-vous de cette ouverture ?

V.D : On a conçu un temps d’inauguration sur trois semaines. Ce n’est pas seulement la soirée du 13 qui compte, pour nous ce qui serait réussi ce serait que ces trois semaines permettent à un public de commencer à rencontrer des artistes, des formats, des directions. On a conçu cette ouverture comme un avant-goût.

A.D.V : Ce sera un panorama de 13 spectacles. Il y a les Contes chinois de François Orsoni, un projet large en ages, percutant, visuel. Ces 13 spectacles racontent d’où on part. On retrouvera Mathieu Roy et  sa Conférence, Jonathan Heckel et sa Modeste proposition, Pauline Bureau et ses Modèles..En hiver, il y aura  Mark Tompkins pour Show Time, Contraction  vu au Off d’Avignon,  je reprendrai Vernissage, on découvrira Montagne 42, une forme très visuelle sur le cosmos, ou encore un spectacle de danse chorégraphié par Giota Kallimani. Il y a aura des spectacles pour la toute petite enfance, on accueillera Papa est en bas, à voir à partir de 2 ans.

Sans-titre6

 Tout le programme ici.

Visuels : © DR et Conférence © DR

[Critique] « Karim, non stop », grand vainqueur du Festival d’Autrans
Gagnez 3×2 places pour la soirée Seeing Sounds & Hearing Colors Party #3 au Badaboum
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *