Théâtre

Interiors au théâtre de la Ville-Matthew Lenton coupe le son

04 novembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Des comédiens derrière la baie vitrée d’une maison paumée, la plus longue nuit de l’année, si froide. On les voit mais on ne les entend pas. Une voix off donne quelques éléments sur ce qui peut se dire à l’intérieur. L’idée est folle, la scénographie superbe, le tout jouissif et souvent drôle. « Interiors » est  à  voir jusqu’au 6 novembre…il reste des places !

Le jeune metteur en scène anglais Matthew Lenton a crée le spectacle en dialogue avec le Napoli Teatro Festival Italia de Naples. Interiors prend son inspiration dans une pièce de Maurice Maeterlinck, Intérieur où un vieil homme et un étranger regardent une famille au travers d’une fenêtre, ils sont venus annoncer à un père et une mère le décès de leur fille. Plus la soirée avance, plus la nouvelle est difficile à livrer.

Interiors ne garde de ce texte que l’idée d’une scène qui soit vue mais pas entendue. Les figures de l’homme et l’étranger sont à l’intérieur de la maison, en compagnie de cinq autres personnes. Le public regarde la scène de l’extérieur de la maison. Quelqu’un manque à table. Ce repas semble être une commémoration puisqu’une assiette supplémentaire est posée devant une chaise vide attirant les regards lourds d’Andrew, le chef de la maison. Est-ce sa mère, celle qui a peint le tableau, est-ce quelqu’un d’autre, est-ce la voix off que l’on entend, puis voit? On ne le saura pas et cela n’est pas l’essentiel.

Dans ce spectacle où l’on entend rien,  l’émotion apporte plus que les mots. Les comédiens sur jouent avec humour et bonheur dans une forme de pantomime très plaisant. Ici pas de grande histoire, la trame vient du quotidien. Sara, la petite fille d’Andrew en voudrait plus avec Davide, Barney est fou d’Aurora qui ne le regarde pas comme ça, Ann et Andrew semblent avoir eu une histoire. Damir, l’étranger cherche de la chaleur. Tous sont armés, car dans cette région , les ours polaires rodent, il faut bien se défendre, à moins que ce ne soit l’avenir et la mort qui les hantent? En attendant cette fin certaine, ils dansent, chantent, mangent , vivent des drames et des joies. Une vie ordinaire qui ne peut être que familière se déploie dans une mise en scène impeccable.

La scénographie splendide vient appuyer ce spectacle souvent muet  en utilisant avec intelligence des projections vidéos de neige, de lune , d’étoiles et de visages. On se surprend à les regarder vivre ensemble comme l’on espionne l’autre côté de la rue. Le dispositif scénique, qui ouvre une grande baie vitrée sur cette tablée nous  convient à ce repas en voyeurs confortables.

Matthew Lenton réussit ce tour de force de nous enrober d’émotion et d’interaction avec des comédiens dont nous n’entendons pas les voix. Les regards sont intenses et les corps parlent. Interiors est définitivement une pièce originale sur des sujets essentiels, la vie, l’amour, la mort…What else?

Théâtre de la Ville – Les Abbesses , 31, rue des Abbesses, 75018 Paris, jusqu’au 6 novembre,  mercredi, jeudi, vendredi: 20h30 samedi: 15h00, 20h30

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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