Théâtre
« Il y aura la jeunesse d’aimer » au Lucernaire : Aragon et Elsa Triolet à la loupe

« Il y aura la jeunesse d’aimer » au Lucernaire : Aragon et Elsa Triolet à la loupe

24 octobre 2019 | PAR Lise Lefebvre

Dans la reprise de son spectacle présenté la saison dernière, Didier Bezace, en duo avec Ariane Ascaride, décline  le verbe aimer, entre extase romanesque et petitesses du couple.

Dans une atmosphère feutrée, la voix d’Ariane Ascaride commence le poème dont on connaît souvent le refrain : « Un jour viendra, couleur d’orange/Un jour de palme un jour de feuillages au front/Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront/Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche ». Ce que l’on connaît moins, c’est l’enjeu politique du texte, écrit en pleine guerre civile espagnole, pour protester contre l’exécution de Federico García Lorca. D’ailleurs, comment évoquer le couple Aragon-Elsa Triolet sans parler, à travers les textes, de leur engagement dans la Résistance ?

Le propos essentiel de ce spectacle, entre récital poétique et lecture mise en espace, est pourtant d’observer le couple, par la loupe des deux écrivains, ce qui permet au passage de se rappeler ou de découvrir à quel point leurs romans étaient ancrés dans leur vie actuelle – aujourd’hui, on parlerait d’autofiction. On suit donc, en pointillés, la rencontre d’Aragon et d’Elsa, les doutes de l’une, le désarroi de l’autre, jusqu’à ce qu’éclate la guerre et ce mot d’elle, réel ou supposé, à son amant, répété obsessionnellement : « Je ne t’attendrai pas ». Sereine et chaleureuse, Ariane Ascaride dit ces textes avec intelligence et liberté. Plus en retrait, Didier Bezace dessine pourtant avec gourmandise les personnages d’Aurélien, et donne Le con d’Irène comme un poème. La classe d’adolescents venus ce soir-là avec leur prof rit un peu, nerveusement, mais reste attentive. Médusée ?

On aurait pu souhaiter une immédiateté plus politique et percutante, dans ce spectacle sensible et généreux ; mais les arracher à l’oubli, aux passages obligés des anthologies, pour les projeter sur un plateau de théâtre, c’est déjà beaucoup. Et quand Il n’y a pas d’amour heureux commence à se faire entendre et que, dans la salle, l’émotion devient palpable, faisant même couler nos larmes,  on sent que l’essentiel est là et que la poésie respire, vivante.

Au théâtre du Lucernaire (théâtre rouge) jusqu’au 24 novembre.

Avec : Ariane Ascaride, Didier Bezace.

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Lise Lefebvre

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