Théâtre
Le problème au Théâtre du Rond-Point

Le problème au Théâtre du Rond-Point

02 mars 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre du Rond-Point propose une seconde pièce à l’affiche sur la crise de la quarantaine. Dans un style bien diffèrent d’Harper Regan, la première pièce de François Begaudeau, « Le problème », pourtant mis en scène par Arnaud Meunier et au casting de rêve n’offre qu’un texte plat et stéréotypé.

On avait adulé le travail d’Arnaud Meunier dans Tori no tobu takasa. Il avait alors renversé de rire le Théâtre de la Ville dans une mise en scène brillante ponctuée de moments mythiques de comédie musicale. On ne présente plus Emmanuelle Devos qui, en compagnie de la jeune Anaïs Demoustier, avait enchanté le festival d’Avignon 2009 dans « Angelo Tyran de Padoue » mis en scène par Christophe Honoré. Quant à Jacques Bonnafé, on l’a adulé, entre autre, chez Joël Jouanneau, dans « Sous l’œil d’œdipe ».

Malgré des comédiens et un metteur en scène de choix, la machine déraille dès la première minute du spectacle. Tout commence par le décor  qui est lassant au premier regard. Il est composé d’une cuisine américaine et d’un salon aux lignes droites en escalier.  Au premier plan,une table basse est surplombée par l’arrête d’un canapé lui même dépassé par la ligne du  bar. Les murs, symbolisés par des troncs, sont  tordus, évocation rapide du « foyer » qui vacille. C’est bien le sujet… Elle est mère de grands enfants, mariée au même homme depuis 23 ans et décide de partir pour un autre. Elle n’est pas arrivée à le dire, elle a préféré laisser « une lettre lâche ».  L’histoire est ordinaire, elle reste tragique.

Les comédiens sur-jouent tous dans leurs rôles. Jacques Bonnafé assommé par la nouvelle du départ de sa femme est vautré dans son immense canapé au point de paraître inanimé. Emmanuelle Devos en rajoute pour apporter de l’émotion, mais le texte la cantonne, avec misogynie, au rôle d’une femme traitresse et monstrueuse. Les enfants souffrent de devoir soutenir un texte qui les plombe. Le jeune adulte de 22 ans, Alban, et la jeune Julie, 17 ans, sont tous deux dans une caricature insoutenable. Lui en grand frère faussement philosophe mal dans son propre couple, elle, dans un semblant de déni criblé de vocabulaire et d’attitudes censés singer les adolescents mais qui semblent loin de toute forme de réalité.

Et pourtant, François Begaudeau déclare poser « ici l’hypothèse d’un absolu réalisme » mais rien ne semble réel dans la configuration montrée. Le fils est du côté du père, la fille du côté de la mère dans une séparation homme/femme forcée. L’appartement bourgeois et la jolie robe d’Annie semblent bien éloignés de son statut d’infirmière travaillant à l’hôpital.

Du point de vue du jeu les comédiens semblent énoncer leur texte sans jamais l’incarner créant une distance avec le spectateur censé être voyeur de ce déballage de l’intime. On reste coi  à l’écoute des dialogues faussement provocants, notamment quand Alban accuse sa mère d’avoir « le feu aux fesses », la réponse d’Annie, déclarant se plonger « le cul dans une bassine d’eau froide » va chercher dans le théâtre de boulevard le plus gras.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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