Théâtre
Guy-Pierre Couleau met en scène La Tragédie d’Hamlet de Shakespeare, au Théâtre 13

Guy-Pierre Couleau met en scène La Tragédie d’Hamlet de Shakespeare, au Théâtre 13

24 mars 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Adaptée par Peter Brook et traduite par Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne, La Tragédie d’Hamlet de Shakespeare, mise en scène par Guy-Pierre Couleau, explore la question fondamentale de nos choix forgeant notre destin, où « justice et innocence sont les véritables protagonistes ». Une pièce incontournable et intemporelle présentée ici sous un prisme contemporain.

Quelle est la véritable tragédie d’Hamlet ?

C’est LA question que pose en préambule Guy-Pierre Couleau, car « que savons-nous et que saurons-nous jamais des véritables contours de la pièce ? Sont-ils discernables ? Le spectre du Père est peut-être à l’image de la pièce elle-même : un fantôme, une apparition de toute forme théâtrale, insaisissable et fuyante ; mais qui nous intime l’ordre d’agir et de nous déterminer. »

Reposons l’intrigue

Le Roi du Danemark, père d’Hamlet et frère de Claudius, meurt. Sa veuve, Gertrude, se remarie avec Claudius. Le spectre du Père apparaît et révèle à Hamlet qu’il a été assassiné par Claudius. Hamlet, héros tragique pétri de doutes et de contradictions, veut venger son père tué par son oncle qui a épousé sa mère.

On retrouve le schéma œdipien axé ici sur la vengeance (justice) et la réflexion sur la vie et la mort (« Etre ou ne pas être »), où chacun se retrouve face à un dilemme permanent, celui de ses propres choix menant à des actions (ou non) déterminant son destin.

Hamlet décide donc d’agir et par un habile stratagème confronte son oncle en introduisant l’allusion au fratricide dans une pièce jouée par des comédiens ambulants : le théâtre dans le théâtre, mise en abîme pour dénoncer la traîtrise et faire éclater la vérité.

Claudius devient suspicieux à l’égard d’Hamlet et envoie Polonius, son conseiller, pour l’espionner.

Un effet dominos est lancé et la tragédie s’exprime dans toute sa splendeur : Hamlet tue Polonius caché derrière un rideau en croyant viser Claudius. Ophélie, prétendante d’Hamlet et fille de Polonius, devient folle et se noie. Son frère Laërte manigance à l’aide de Claudius la perte d’Hamlet et un tournoi d’escrime est organisé : Laërte est blessé à mort par le fleuret empoisonné destiné à Hamlet. La reine s’empoisonne en buvant dans la coupe de son fils puis Hamlet, blessé également au combat, tue Claudius dans un dernier élan. C’est l’hécatombe shakespearienne et une action en entraînant une autre, pratiquement tout le monde y passe…

Au sujet de la mise en scène

Réussir à condenser le propos de la pièce en moins de deux heures sur un plateau sobre et épuré, avec un décor presque inexistant au départ et dont les éléments vont apparaître au fur et à mesure de l’intrigue, semblait tenir de la gageure. Pourtant avec quelques simples chaises et de grandes toiles posées sur les deux pans de murs du fond, le décor est planté.

Inspirés de l’œuvre de Basquiat, vous découvrirez des traits de crayon en noir et blanc imprégnés des citations emblématiques de la pièce. La scénographie est bien pensée et la magie opère, laissant toute la place au texte et aux réflexions métaphysiques induites par l’auteur.

Que dire des costumes ?

Adaptée à notre époque, la pièce présente des comédiens en habits de bureaux, tailleurs, vestes, chemises et cravates… et l’on pense alors à la mise en scène de Britannicus (Racine) par Stéphane Braunschweig à la Comédie Française en 2016, où l’histoire antique était transposée au monde de l’entreprise. Parti pris assumé et cohérent certes mais on éprouve une certaine nostalgie pour les costumes élisabéthains dont la splendeur soulignait la verve tragédienne…

La troupe de comédiens est épatante, mention spéciale à Benjamin Jungers dans le rôle-titre d’Hamlet, à la diction particulièrement ciselée, sans doute un bel héritage de son passage à la Comédie Française.

La danse épileptique d’Ophélie, marquée de convulsions et de spasmes, incarnant la folie du personnage, nous laisse quelque peu songeurs… Etait-ce finalement la seule forme d’expression corporelle à mettre en scène pour ce personnage ?

La représentation se termine en musique avec le titre Weep O Mine Eyes, du compositeur anglais John Bennet, contemporain de Shakespeare, interprété par un joli quatuor (Ensemble Luau) et l’on se dit en sortant de la salle qu’on a de la chance d’avoir assisté à cette pièce, sans doute la plus illustre de Shakespeare.

Visuels : (c) Laurent Schneegans

La Tragédie d’Hamlet de William Shakespeare
Adaptation de Peter Brook
Texte français de Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne
Mise en scène de Guy-Pierre Couleau
Cie Des lumières et des Ombres

Durée : 1h45 sans entracte

Tournée
30 septembre 2021 théâtre d’Auxerre
9 novembre 2021 Carré, scène nationale de Château Gontier
Hiver 2022 :
7 janvier ou 21 avril 2022 Théâtre Victor Hugo, Bagneux
Du 8 au 19 février 2022 Théâtre 13 Paris

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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