Théâtre

Great Small Works, la grandeur n’est pas une question de centimètres

Great Small Works, la grandeur n’est pas une question de centimètres

23 septembre 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Le festival J-365 de Charleville, qui est couplé cette année aux Rencontres Internationales de
Théâtres de Papier, comptait parmi ses invités la compagnie new-yorkaise Great Small Works, spécialisée dans cette forme d’art de la représentation. Trois courtes formes ont ainsi été jouées: Short Entertaining of Toy Theater, Oda a las cosas, et Living Newspaper. Fascinant.

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Dans les grands noms de la marionnette internationale, on trouve un certain nombre de compagnies américaines qui ont en commun de plonger leurs racines dans un art pauvre, fortement inspiré de formes populaires, pour aborder souvent des problèmes sociaux, dans une optique politique et militante. De ces compagnies historiques à l’activité foisonnante, la plus connue est sans doute le Bread and Puppet Theatre. Mais Great Small Works, fondé en 1995, possède également une solide réputation.

Le public carolo-macérien a pu vérifier que cette réputation n’était pas volée: tantôt dans un français délicieusement approximatif, tantôt traduits en simultané, Trudi Cohen et John Bell ont proposé une sorte de pot-pourri de petites formes qui permettait un aperçu de leur travail. Avec beaucoup d’humour, souvent très second degré et force chansons – généreusement partagées avec l’auditoire, qui s’est retrouvé chargé de reprendre une chorégraphie un dimanche matin à 10 heures – le duo a donné la mesure de sa créativité. Et de sa maîtrise de sa discipline de prédilection, le théâtre de papier.

Short Entertaining of Toy Theatre, présenté en premier, se veut comme une sorte de petite histoire scénarisée du théâtre de papier. Très instructive sur le fond, même si très tournée vers le monde anglosaxon, c’était l’occasion de présenter un petit diaporama, imprimé sur des cartons, tout en égayant l’exposé de refrains chantés. Ou comment apprendre en s’amusant. Une démarche intéressante, plus proche d’une forme d’éducation populaire qui fait le pari du partage ludique du savoir que d’une conférence théâtralisée.

Oda a las cosas est plus ambitieux, sur un plan artistique. Il s’agit en effet d’un poème de Pablo Neruda – dont les strophes sont traduites au fur et à mesure par une interprète – qui se retrouve illustré par un rouleau déroulant. D’abord exploité sur la base d’un effet de transparence, avec une source placée derrière le papier, il est ensuite éclairé de face. Alliance du texte, de l’image et de la musique, sans animation à proprement parler, mais avec une recherche graphique évidente, et, comme toujours, une grande sobriété dans les moyens mis en oeuvre. Comme le chantait John Bell au début du spectacle, « It’s cheap » (C’est bon marché) et « You can do it yourself » (Vous pouvez le faire vous-mêmes).

Living Newspaper, enfin, est la plus ambitieuse des trois formes. Il s’agit d’un spectacle de théâtre de papier au sens traditionnel, c’est-à-dire dans une reproduction de théâtre à échelle réduite en carton posée sur une table, avec manipulation par le côté de figurines de papier, et plusieurs fonds escamotable. Le théâtre ainsi présenté dispose même des ses propres sources lumineuses. L’histoire racontée avec beaucoup d’humour, et pas mal de détours qui ne deviennent comppréhensibles qu’à la fin, est celle du combat Jane Jacobs, militante qui réussit à s’opposer dans les années 60 aux projets urbanistiques d’un certain Robert Moses, qui auraient pu avoir pour effet notamment de rogner les trottoirs de la ville de New-York et d’appauvrir l’offre en termes de petits magasins de proximité. C’est l’occasion, au passage, toujours dans cette dynamique de mêler spectacle et éducation, d’offrir un petit cours aux spectateurs sur l’histoire des trottoirs, que John Bell fait remonter à 2000 ans avant notre ère.

Un beau voyage plein de malice et de bonne humeur, mené d’une main sûre par des artistes au bagou certain et à l’expérience impressionnantes, ce n’était pas moins qui était proposé aux courageux qui s’étaient levés pour assister au spectacle. C’est une chance de pouvoir bénéficier de spectacles de compagnies étrangères historiques, du fait de l’attractivité internationale de Charleville et des Rencontres programmées par Alain Lecucq.

Conception et mise en scène Trudi Cohen et John Bell
Chanson Holy ground composée par Woody Guthrie
Musique Frank London (Groupe Klezmatics, 2003)
greatsmallworks.org

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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