Théâtre

Gramblanc de Jean Lambert-wild au Théatre de L’union

Gramblanc de Jean Lambert-wild au Théatre de L’union

24 novembre 2018 | PAR Quentin Lazeyras

Au théâtre de l’Union, Jean Lambert-wild présente son mythique clown Gramblanc, dans les pièces Un Clown à la mer et Coloris Vitalis écrites par Catherine Lefeuvre, à l’occasion du lancement de la classe préparatoire des ultra-marins.

[rating=4]

Ce personnage de clown blanc vit en Jean Lambert-wild depuis plus de vingt ans. Crée par son imaginaire, il constitue la majorité de son travail. Habillé de son pyjama rayé blanc et bleu Gramblanc est un clown atypique aux facettes et personnalités multiples. On retrouve dans ses pièces un clown, seul, effrayé, enragé, marin, enfantin, parfois amoureux ou même heureux et émerveillé.

Un Clown à la mer, débute sur le bateau COCO, où l’on retrouve un Gramblanc aux allures déprimées en pleine mer « seul » mais « merveilleusement seul, amoureusement seul » et qui rend hommage au navigateur français solitaire Bernard Moitessier (1925-1994). Il se confie très vite à son public sur sa quête : sauver son âme d’un monde autant tourmenté que lui-même dans lequel la disparition du vivant s’accélère. Il laisse rapidement apparaître ses inquiétudes et ses questionnements personnels, ainsi que la schizophrénie qui le perturbe. L’apparition de son Dodo qu’il recherche avec acharnement permet au public de comprendre et de s’identifier à son histoire intime. Avec un comique de répétition simple et maîtrisé, il nous ramène sur une voie plus amusante. Passant d’une émotion à une autre avec facilité, il arrive, à bord son navire, à faire flotter son public sur les vagues de la pièce. Grâce à l’aide de son partenaire de navigation, Jean, Gramblanc est épaulé dans son aventure rocambolesque. Dans une tempête émotionnelle, Gramblanc mêle les sourires et les pleurs. Tel un clown comique, il joue avec son public en brisant le quatrième mur, se cachant en coulisse, navigant autour de la salle et interagissant directement avec certains spectateurs. Entre le texte et l’impro dont Jean Lambert-wild fait preuve, il nous mène en bateau à travers les problématiques qui lui sont propres.

Entre ces deux pièces, pendant l’entracte, la classe préparatoire des ultra-marins a présenté un spectacle d’une dizaine de minutes. Écrit par cette promotion, ce spectacle traite de l’arrivé des élèves utlra-marins sur l’hexagone. Une thématique commune dans laquelle chacun d’entre eux se retrouve. Tous issus de différents territoires français d’outre-mer, ils partagent leurs expériences, leurs ressentis, et leurs rapports à la France métropolitaine. Accompagnés d’une danse traditionnelle néo-calédonienne et d’un chant partagé par tous dans un dialecte local, le spectacle prend une réelle dimension qui s’ancre dans les racines de cette classe préparatoire bien particulière.

Puis arrive COLORIS VITALIS: un épais nuage de fumée tombe de la scène et s’étale lentement sur la foule afin de placer le public dans une atmosphère de guerre dans laquelle se trouve Gramblanc. Le clown de Jean Lambert-wild, nous livre aussi son obsession pour le temps qui passe. Pris dans cette boucle temporelle interminable, son rapport chromatique à la vie est une métaphore pour ses interrogations qui l’ébranlent. Debout, statique dans sa grande robe-pyjama rayée blanche et bleue et parsemée de petits ballons rouges, Gramblanc exprime ses angoisses et ses émotions. La couleur est au centre de ses préoccupations. En mêlant sa puissante vitalité à son envie d’éternité, il souhaite combattre ceux qui n’aiment pas les couleurs autant que lui. Le Gramblanc immobile expose avec ses sentiments enfantins mais aussi matures sa peur d’un monde qu’il ne comprend plus et d’une fin qui lui est proche.

Dans ces deux pièces interprétées par Jean Lambert-wild et écrites par Catherine Lefeuvre, la musique accompagne les actions et les émotions que souhaite retransmettre Gramblanc avec une scénographie compréhensible et analysable par tous. Un clown à la mer et Coloris Vitalis est un double spectacle clownesque de 1h30, complet, amusant et accessible à tout type de public.

visuel : ©Tristan Jeanne Valès

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Quentin Lazeyras

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