Théâtre
Godefroy triomphant, une comédie nouvelle.

Godefroy triomphant, une comédie nouvelle.

31 octobre 2011 | PAR Emma Letellier

Jusqu’au 22 octobre, la compagnie Petites Pièces Montées Entre Amis donnait à voir et à entendre Godefroy triomphant, une pièce écrite par Julien Köberich dans une mise en scène minimaliste et enthousiaste dirigée par l’auteur. Jeune ambitieux, Godefroy se propose de défier les intrigues de province, de s’immiscer dans les querelles de clochers pour rendre à sa productivité maximale une population inerte et endormie sur ses acquis. Une fresque loufoque qui dessine avec efficacité les travers malheureux dans laquelle la sale vieille Europe semble s’enliser.


Au fond de la cité Joly, le Passage vers les Etoiles fait scintiller sa guirlande avenante. Dans le sous-sol d’une salle décorée de mosaïques, un public ami prend place. La scène est vide, quelques paravents et tentures noires tiennent lieu de décor. Au-dessus du calme brouhaha des spectateurs impatients, s’élève la voix enthousiaste du prologue. Il annonce l’aventure qui va se jouer pour nous ce soir. Ce sera celle de Godefroy triomphant: un arriviste opportuniste qui se lance le défi de relever en six jours de temps la vie économique et sociale d’une bourgade de province frappée de plein fouet par La Crise.

«   –     Le guide : Qu’allez-vous faire dans cette ville ?

–       Godefroy : Je vais la découvrir, la conquérir et peut-être l’anéantir, j’hésite encore.        »

S’enchaîneront ainsi sur un rythme enlevé diverses courtes scènes figurant tour à tour la place centrale de la ville de Mauriette, sa mairie, les bureaux de sa presse locale et l’atelier de sa fabrique de chaussures. Les habitants, notables, journalistes, ouvriers s’y disputent leurs intérêts dans une joyeuse comédie travaillant un décalage fantasque entre drame de société et farce bouffonne. Les personnages caustiques et pitres s’adonnent aux jeux de scènes, aux comiques de répétitions et de caractères avec entrain. La bonne humeur anime les interprètes pour donner au texte original de Julien Köberich l’air insidieusement contestataire qu’il souffle.

Si La Résistible Ascension d’Arturo Ui ne paraît pas échapper à la mémoire de l’auteur, ce dernier propose ici une approche renouvelée du pamphlet acerbe à l’endroit des tout-puissants modernes. Godefroy dans son aspiration proprement capitaliste semble un géant aux pouvoirs décuplés contre lequel le peuple peine à résister. Seule l’ambition anime cet opportuniste malin, à l’air calme et mesuré, incarné avec une délicatesse déconcertante par David Bernstein. Si le protagoniste offre une ambivalence qui attise la curiosité du spectateur, la galerie des dizaines de personnages secondaires s’apparente davantage à une série de peinture de caractères voire d’emplois modernes. L’auteur joue des clichés pour brosser à gros traits ce qu’une ville de province française compte de plus médiocre et de plus figé. L’occasion pour le spectateur de retrouver dans ce fatras, des réminiscences et peut-être, suggère l’auteur, d’ouvrir un peu plus grands nos yeux ronds,  pour lire avec plus d’attention la réalité qui nous entoure.

 

 

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