Théâtre
Gilles Ostrowsky aime toujours autant la déconne

Gilles Ostrowsky aime toujours autant la déconne

17 janvier 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Au milieu de l’interminable épisode Covid, Gilles Ostrowsky créé un objet théâtral hilarant et bouleversant. Il y parle de sa maladie neurologique et n’oublie pas qu’il est un magnifique amoureux de la déconne.

Gilles Ostrowsky est un acteur cinétique ultra-dynamique. Et c’est le sourire aux lèvres que nous nous souvenons de son spectacle halluciné Les fureurs d’Ostrowsky (Avignon 2015) par lequel il s’empare de la terrible histoire des Atrides avec une intelligence jubilatoire. Dans ce seul en scène co-écrit avec Jean Michel Rabeux il démontre qu’il était un grand clown désopilant en nous racontant l’histoire des peu fréquentable Atrides, une famille chez qui on a la fâcheuse habitude de s’entretuer allègrement. Jean-Michel Rabeux et Gilles Ostrowsky ont choisi de faire rire aux éclats à partir de toutes leurs atrocités familiales. Le spectacle jouissif constitue une réflexion sur le théâtre, le travail, les autres et la solitude.

Les fureurs d’Ostrowsky, 2015

Gilles Ostrowsky pense le théâtre depuis toujours; il explore dans son travail différents thèmes; les questions qui sous-tendent sa réflexion restent les mêmes : comment le rire puise sa force au cœur du tragique, comment réinventer à chaque fois le rapport au public, comment placer l’acteur au cœur du processus de création ? Sa formation autour du clown influence fortement son travail de comédien et de metteur en scène. Mais aussi il découvre Beckett et croise le précieux Eugène Durif qui écrit pour lui et Catherine Beau, Le plancher des vaches créé au Théâtre du Rond-Point. La même année son parcours croise celui de Jean-Michel Rabeux. Il s’établit entre eux une complicité qui dure encore aujourd’hui. Avec lui il joue dans un Feydeau puis à nouveau dans deux Shakespeare : Le Songe d’une Nuit d’Été (Bottom) et La Nuit des Rois, spectacles joués à la MC93 de Bobigny. Il travaille encore avec Marc Prin sur Klaxons, Trompettes et Pétarades (Nanterre-Amandiers), Julie Bérès avec Sous les visages (Théâtre de La Ville), Rodolphe Dana avec Merlin (La Colline – théâtre national). En 2016, il part trois mois au Burkina Faso avec Thierry Roisin pour répéter et jouer La Tempête de Shakespeare. En 2013, il co-écrit avec Jean-Michel Rabeux Les Fureurs d’Ostrowsky qu’il crée au Théâtre de Belleville et qui tourne toujours. En 2015, il co-adapte avec Olivier Martin-Salvan, UBU, un spectacle magnifique. En 2016, il co-écrit Le grand Entretien avec Guillaume Durieux, texte sélectionné à « La Mousson d’Été 2016 ». Il écrit avec Ousmane Bamogo, auteur Burkinabé, Le Cri du Zèbre, spectacle créé en mars 2018.

Chez Gilles Ostrowsky, l’auteur est prolixe, le metteur en scène est inventif et le comédien sémillant.

En 2017 il perd l’équilibre en sortant de son lit. Le spécialiste de l’équilibre consulté pense à un problème d’oreille interne et prescrit 6 mois de kinésithérapeute. Au bout de 6 mois, son équilibre est encore plus précaire. Il consulte à l’hôpital une neurologue ; elle est sans appel, c’est neurologique. Le début du voyage commence; il écrit puis co-met en scène avec Sophie Cusset (sa complice de toujours) Voyage en Ataxie pour aborder son cauchemar qui cultive en lui une réflexion sur la vie, sur l’autre, sur la solitude et sur le théâtre ; le résultat est d’une densité rare. Et comme souvent avec les grands clowns, des fausses boursouflures dessinent un discours d’une édifiante finesse.

Le biais se refuse au pathos ou à la coquetterie mélancolique de l’autodérision. Gilles Ostrowsky raconte la maladie, ce qu’elle conçoit chez lui et chez les autres ; il nous offre ce supplément de pensée dont elle lui a ouvert l’accès. Et puisque il est un merveilleux clown il n’oublie pas de nous faire rire, et d’éclairer, preuve à l’appui, la question du comment le rire puise sa force au cœur du tragique. Ces partenaires sont hilarants. Grégoire Oestermann campe pas moins de onze personnages truculents avec un talent constant. Thomas Blanchard danse sur la pliure de son personnage qui est ou n’est pas Gilles Ostrowsky. La pièce à la scénographie chaste empoigne son spectateur sans respiration sauf les rires. On ne ressort pas indemne de cette pièce d’exception.

Texte Gilles Ostrowsky

Mise en scène Gilles Ostrowsky, Sophie Cusset

Avec Thomas Blanchard dans le rôle de G1

Grégoire Oestermann dans le rôle de L

Gilles Ostrowsky dans le rôle de G2

Scénographie et costumes Clédat & Petitpierre

Lumière Marie-Christine Soma

Son Dayan Korolic

Chorégraphie Sylvain Riejou

Administration Laurence Santini

Production Morgane Eches

Crédit Photo DR photos de répétition

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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