Théâtre

[FMTM OFF] Le marionnettiste et sa maladie: un dédoublement qui n’engendre pas la déprime

[FMTM OFF] Le marionnettiste et sa maladie: un dédoublement qui n’engendre pas la déprime

03 octobre 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Plusieurs lieux dits « OFF » du Festival des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières on accueilli un spectacle plutôt très réjouissant, au titre prometteur de Georges – la conférence sur la schizomorphophobie. Ce spectacle de Gwenaël Gautier met en scène Georges, une marionnette qui va donner une conférence… sur la marionnette, sans être initialement consciente qu’elle en est une, elle-même. On voit où le procédé peut mener : à beaucoup de double jeu marionnettiste-marionnette, des situations cocasses assez irrésistibles et des mises en abîme à répétition, pour un spectacle fort bien mené par un artiste qui sait manipuler, et qui donne une belle présence vocale à ses créatures.

La schizomorphophobie, se demande-t-on en voyant l’affiche du spectacle un peu partout dans Charleville, qu’est-ce que c’est ? Pour le savoir, le meilleure moyen est encore de se rendre à l’une des multiples conférences données sur le sujet: le conférencier n’a pas compté ses efforts pour faire connaître cette terrible affliction!

Un homme vêtu de noir entre en scène pour nous accueillir, et nous prévient qu’il va chercher Georges, qui est la personne la plus compétente pour traiter du sujet. De dessous la table, il sort une marionnette-tronc qu’il pose sur la table. Elle a une tête assez disproportionnée par rapport au corps, fabriquée en mousse, et qui fait penser, de fait, à un prof de fac pas très détendu et pas très loin de la retraite non plus.

Evidemment, quand on réalise que la schizomorphophobie est le trouble mental de dissociation psychotique qui guette les marionnettistes, et risque de les mener jusqu’à un point où ils peuvent avoir peur de leurs propres membres et où leur propre marionnette peut les manipuler, on se doute qu’on est parti pour une demie-heure de mise en abîme, où marionnette et marionnettiste vont explorer leur relation, sa consistance, ce dont elle les prive – d’une de leurs mains par exemple – et ce qu’elle leur ouvre de possibilités.

Ce n’est pas une idée neuve, et les exemples sont légion – on pense par exemple à l’excellent Meet Fred de Hijinx Theatre (notre critique) – mais ce n’est pas pour cela qu’il faut bouder son plaisir si c’est bien fait.

Et en l’occurrence c’est très bien fait.

D’abord, c’est bien écrit, sans trop de facilités d’écriture, et avec de bonnes idées pour créer des rebondissements de plus en plus loufoques, qui font graduellement glisser le propos dans un univers à la logique approximative mais délectable.

Ensuite, c’est très bien manipulé, avec des marionnettes très présentes et vivantes, des gestes précis, parfaitement clairs et dissociés. Les jeux de théâtre dans le théâtre sont très bien maîtrisés.

Enfin, c’est correctement interprété à l’aide d’un micro-cravate qui amplifie la voix du marionnettiste, même si le son crachote du coup un peu parfois. Gwenaël Gautier type très bien ses personnages, et arrive à rendre crédibles presque tous les dialogues improbables qui ont lieu entre lui et sa marionnette, ce qui demande beaucoup d’agilité!

C’est vif et rythmé, c’est malin en même temps que drôle, c’est un spectacle de marionnette très recommandable pour passer un bon moment… et, pour ceux qui n’y avaient jamais réfléchi, pour éclairer la relation très bizarre qui lie la marionnette et son marionnettiste !

 

Distribution

Par et avec: Gwenaël Gautier

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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