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Festival Prémices : Sisyphski, la Cité des Astres à La rose des vents

Festival Prémices : Sisyphski, la Cité des Astres à La rose des vents

26 mai 2013 | PAR Audrey Chaix

Le festival Prémices a ouvert avec Sisyphski, la Cité des Astres, une pièce de Thomas Piasecki présentée l’été dernier dans le off du festival d’Avignon. Descendant d’immigré polonais venu travailler à la mine dans le Pas-de-Calais, Thomas Piasecki revient sur cet héritage en écrivant l’histoire de la famille Sisyphski, qui vit dans la Cité des Astres, et dont le père, dirigeant syndical, se bat pour faire avancer les droits des ouvriers. Chronique familiale sur fond de guerre sociale, Sisyphski, la Cité des Astres est une pièce en forme d’hommage à cette population polonaise immigrée.

La scénographie est bien pensée : l’espace de la maison est délimité par des planches de bois, entourée par une mer de graphite, qui évoque le charbon de la mine. Une structure tubulaire en forme de triangle encadre cet espace, sorte de terril qui veillerait sur la maisonnée. De temps en temps, un filet de graphite s’écoule des cintres pour s’écraser au sol, le charbon envahissant peu à peu la vie de la famille Sisyphski. La mine est partout, comme un personnage principal et caché qui orchestrerait tout le reste de la pièce. A côté de l’action, un homme joue de la guitare, représentation du canari qui vivait dans une cage au fond de la mine et qui servait à prévenir de l’imminence d’un coup de grisou.

Pour mieux raconter le quotidien de cette famille de mineurs entre les deux guerres, Piasecki s’est inspiré de ses propres souvenirs familiaux, de témoignages d’habitants de cette fameuse Cité des Astres, de toute une mythologie familiale et sociale qu’il incarne dans le mythe de Sisyphe, condamné à pousser un rocher pour l’éternité. Tout se passe comme si, face à la mine, toute tentative de révolte ou d’amélioration était vaine : lorsque les ouvriers pensent arriver au bout de leurs peines, ils se retrouvent aussitôt au fond de la mine, à tousser du sang et à se battre contre des moulins à vent.

Ce qui déçoit, cependant, dans cette pièce, c’est que la vision du bassin minier offerte par Piasecki, dont il s’agit pourtant d’un pan de l’histoire personnelle, n’offre pas l’originalité, l’œil neuf de cette génération qui n’est pas descendue au fond de la mine. Piasecki semble se complaire dans un misérabilisme attendu, comme une version réchauffée et éculée d’un énième Germinal. Les instants comiques, destinés à alléger l’atmosphère pesante (le père tousse du sang, la fille du sous-directeur violée par le directeur, le délégué syndical enfermé dans une cave…), obéissent à des ressorts faciles, qui leur donnent une impression de déjà vu. Piasecki ne se fait pas là la voix d’une nouvelle génération : il entretient celle de ses ancêtres, dans une écriture qui cède à la facilité.

C’est d’autant plus dommage que la pièce commençait bien, avec des témoignages d’habitants de la Cité des Astres en fond sonore, laissant présager d’un véritable travail autour de ces voix off qui aurait pu être passionnant. Une autre pièce de PIasecki, Après le déluge, est présentée dans le cadre du festival Prémices. Espérons qu’il y a pris plus de risques.

Photos fournies par le service de presse du Théâtre du Nord.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

2 thoughts on “Festival Prémices : Sisyphski, la Cité des Astres à La rose des vents”

Commentaire(s)

  • Esmmo

    Bonjour,

    Je viens de lire vos propos. Je suis totalement en opposition et d’autres personnes avec moi ce jour-là également. Vous vous fourvoyez dans votre rôle de critique aigrie avant l’heure.
    Il y a une nouvelle forme pour parler de ce milieu. Vous parlez de Germinal alors qu’à aucun moment la mine n’est citée, ça se passe, pour moi, autour, on la ressent sans subir ce que vous dites.
    Il y a une humanité universelle dans ce qui est racontée pour le regard sur l’école de parents émigrés, le rapport à la maladie qui est traitée avec décalage.
    Je comprends que vous puissiez ne pas aimer et nous adorer mais critique ou journaliste, c’est un métier, ça ne s’invente pas!

    juin 14, 2013 at 15 h 57 min
  • Audrey Chaix

    Bonjour,
    tout d’abord, je respecte votre point de vue, vous avez le droit d’avoir aimé. Et, comme vous le dites, j’ai le droit de ne pas avoir aimé.
    Je ne comprends pas bien pourquoi vous me qualifiez de « critique aigrie avant l’heure » : je parle de Germinal, tout à fait, parce que ce roman se passe dans une cité minière, la pièce de Piasecki également. Et si vous n’avez pas vu que la mine était citée, je suis désolée de vous dire que vous êtes passée à côté du thème principal de la pièce… Relisez cette note d’intention de Thomas Piasecki, il est assez clair que la mine est au centre de son propos : http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Sisyphski-la-cite-des-astres/ensavoirplus/
    Elle est même figurée littéralement sur le plateau avec le graphite noir qui entoure la scène et la forme tubulaire qui la surplombe !
    Vous avez raison, le métier de critique ou de journaliste ne s’invente pas : pour tout vous dire, je n’ai pas la carte de presse, j’écris ces critique sur Toute La Culture par amour du théâtre et de l’écriture. Et c’est pourquoi je m’applique, lors de chaque critique, à justifier pourquoi j’ai aimé, pourquoi je n’ai pas aimé, sans sombrer dans le jugement à l’emporte-pièces fondé sur une impression. Contrairement à vous. « Il y a une nouvelle forme pour parler de ce milieu », dites-vous. Très bien. Laquelle ? « Le rapport à la malade est traité (sic) avec décalage » : le mec tousse. Cliché. Les parents immigrés qui veulent que leurs enfants soient les premiers de la classe ? Cliché. Je vous accorde le « sentiment d’humanité universelle », mais ça n’en fait pas une bonne pièce, ça en fait une pièce pleine de bons sentiments. A mon humble avis, encore une fois, je ne prétends pas que mon opinion fasse autorité, contrairement à vous. Cela n’a guère d’importance puisque votre commentaire n’est pas une critique, mais reconnaissez, malgré votre ton vindicatif (et quelque peu méchant, si vous voulez bien vous relire), que mon point de vue est étayé par des justifications, et que j’ai également mis en lumière les éléments positifs que j’ai retirés de cette mise en scène, afin d’être le plus honnête possible.
    Je vous envie presque : vous et ces autres personnes ont certainement passé un meilleur moment que moi et d’autres personnes ce soir-là (car oui, croyez-le, je ne suis pas la seule à n’avoir pas aimé). Tant mieux pour vous, et tant mieux pour Thomas Piasecki : c’est un garçon adorable, qui comprendrait sans doute mieux la critique que vous !

    juin 14, 2013 at 17 h 27 min

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