Théâtre
Festival Le Standard Idéal 2 : Harmonia Caelestis, un opera giocoso par David Marton

Festival Le Standard Idéal 2 : Harmonia Caelestis, un opera giocoso par David Marton

06 février 2011 | PAR Christophe Candoni

Avec l’adaptation du roman de Péter Esterházy Harmonia cælestis présenté sous la forme d’un « théâtre-opéra » pour clore cette édition du Festival Le Standard Idéal à la MC93, on découvre avec bonheur le travail de David Marton, jeune musicien et metteur en scène d’origine hongroise qui vit et travaille à Berlin. Il fut autrefois l’assistant de Christoph Marthaler et de Frank Castorf, plus connus en France. Du premier, il retient la puissance de la musique intégrée à un travail théâtral, des silences aussi et l’impact du point d’orgue et de l’étirement du temps ; il partage l’humour et la dérision du second. Musique, parole, jeu, scénographie, tout concourt dans cette représentation singulière à faire œuvre et sens pour produire un langage unique. C’est amusant, léger, profond aussi, teinté d’une douce mélancolie. Un enchantement.

A travers l’histoire et le récit des personnages, on assiste au délitement de l’ordre. D’emblée, l’impressionnant décor va dans ce sens. Il représente l’intérieur cosy d’une belle demeure avec un système de boîtes vitrées pour montrer les différentes pièces et permettre une simultanéité d’espaces. Bibliothèque, fauteuils, canapés et méridiennes, tables de jeu et guéridons donnent l’idée d’un certain standing qui paraît luxueux mais désordonné. On y trouve un matelas au sol, des papiers, des cartons. On y boit le thé dans une argenterie étincelante mais il n’empêche que l’aristocrate famille semble déclassée.

Tous les membres de la famille Esterhazy revisitent le parcours imaginaire d’un père porté au rang de héros. Ils vivent sous le poids du passé, à la fois accrochés à la mémoire et attirés par la transgression. Ils sont présentés dans cette mise en scène drôle et ironique comme des bourgeois conservateurs et décadents. Les femmes jouent à la baronne dans des tenues sévères tandis que le cadet est scotché à sa console de jeu.

Les interprètes, très doués, sont totalement investis sur le plan dramatique et musical. Ils font la comédie tout en chantant et jouant d’un instrument. C’est un régal. On assiste à des moments de grâce infinie comme un étonnant duo pour violon seul. La femme tient l’instrument et se charge du doigté et l’homme mène l’archet. L’invention est à la fête. On n’a jamais entendu Mozart (Requiem et Le Nozze) ou Verdi (Traviata) dans une version aussi peu conventionnelle. Pas simplement musical, c’est un théâtre du son, celui de la machine à écrire, de la télévision ou de la radio (moment hilarant que celui de la retransmission du journal). Jamais illustratif ou d’accompagnement, le son est un actant, peut-être le personnage central d’un spectacle exigeant, fort drôle, plein de trouvailles et de vitalité.

A noter, David Marton présente en mars/avril un Wozzeck d’après Büchner et Berg à la MC93.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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