Théâtre

[Festival d’Avignon] Othello, variation pour trois acteurs, une idée louable

[Festival d’Avignon] Othello, variation pour trois acteurs, une idée louable

18 juillet 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Othello, variation pour trois acteurs est un spectacle itinérant d’Olivier Saccomano et Nathalie Garraud qui présente la pièce de Shakespeare dans des territoires fort éloignés de la culture publique.

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Voici tout ce que l’on déteste. Des bons sentiments, un vernis politique, un texte escamoté auquel se mêlent des allusions mal amenées à aujourd’hui .  Le spectacle se joue chaque soir depuis le 9 juillet jusqu’au 25 dans un lieu différent,  chacun très emblématique de la situation sociale et raciste de la région. Par exemple, le spectacle fera escale au Pontet, ville FN le 24.

L’idée est belle : amener ce texte qui parle de ce Maur devenu général vénitien et qui épousa Desdemone, la fille du sénateur Branbantio, devant un public à priori éloigné du « In » et, dans des quartiers, comme ceux de La Barbière ou du Pontet, surtout proche ou électeur du Front National.

Il y a une idée magnifique qui est ici galvaudée : il faut amener la culture au peuple si le peule ne vient pas à la culture. Vilar y avait pensé avant Olivier Py. Mais pourquoi niveler par le bas ? Pourquoi penser que ce public-là a besoin d’une grande figure ? Qu’il ne pourrait pas entrer dans un spectacle de qualité et innovant ?

Ici, la forme est minimale. Trois comédiens (Mitsou Doudeau, Cédric Michel, Conchita Paz) dans un jeu poussif campent tous les personnages. Rien de nouveau sous le soleil, un détail et le costume change : une perruque,, une cravate, une veste militaire, des lunettes. Il y a dans ce spectacle  le bel esprit d’un théâtre de rue. Mais pourquoi, alors qu’on les sait si bons, incarner les personnages à gros traits comme s’il avaient peur de ne pas être compris ?

Mais pourquoi aussi de-complexifier ce texte, pourquoi lui ajouter des allusions à la politique récente ? Pourquoi ne pas avoir choisi une version pleinement actuelle ?

Cet Othello-là fait le parti pris de simplifier à l’extrême pour être compris. Cela est une lourde erreur, L’insulte n’est pas loin. Car oui, il est urgent de faire du théâtre contre l’extrême droite, mais n’est ce pas l’essence même du théâtre de décloisonner et par là même d’empêcher l’appétence vers la haine ?

La nostalgie n’est pas bonne conseillère. Le Festival d’Avignon a changé, délaissant depuis longtemps les tréteaux pour un spectacle vivant pluridisciplinaire ancré dans son époque et politique dans sa forme. Cet Othello a des accents passéistes et moralisateurs qui ne présagent rien de bon. Il vient s’ancrer dans le souvenir d’un Avignon aux trois clés, qui font cette année leur retour, qui semblaient alors actuelles, et qui proposait des innovations en rapport avec son temps.

Visuel : ©Christophe Raynaud de Lage

Le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

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