Théâtre

[Festival d’Avignon] Olivier Py perd « Orlando »

[Festival d’Avignon] Olivier Py perd « Orlando »

06 juillet 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le nouveau directeur du Festival d’Avignon est metteur en scène et ne compte pas l’oublier. Olivier Py présente naturellement sa dernière création, Orlando ou l’impatience, dans la nouvelle salle décentralisée qu’est La FabricA.

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« Dis moi son nom ! », Orlando (Matthieu Dessertine) a beau pleurer dans les robes couleur de temps ou de soleil de son actrice de mère (Mireille Herbstmeyer), les réponses données sont toujours les mêmes. Le nom du père sera inscrit comme on jette une pelure de pomme de terre, griffonné sur un magazine ou sur une boite d’allumettes. C’est la même histoire pendant 31 ans. Le père (Philippe Girard) est sur les planches d’un théâtre, il change de rôle et change d’histoire, mais jamais Orlando ne trouve la « réalité ».

L’idée, fort belle d’Olivier Py est de nous glisser dans l’abyme du théâtre, pardon, du THEÂÂÂTREU, qui se regarde à l’infini dans la symbolique de miroirs en néons de Pierre André Weitz. Il tourne et s’admire, dans un décor sur tournette manuelle et Orlando poursuit sa quête sans issue pour croiser le chemin de ceux qui le feront quitter sa jeunesse. Il y a la fille, l’ingénue, Laure Calamy, et l’amant, François Michonneau, et il y a une version particulière d’un Jules et Jim où Jules se taperait Jim. Il y a un mythe qu’Olivier Py nous livre dès les premières minutes : « Le théâtre est un rêve qui se prend pour la réalité », et ici, Orlando devrait démêler les deux.

La première partie est foisonnante et drôle, aux limites du potache. On y croise un ministre de la culture homosexuel et masochiste (Eddie Chignara) qui ne comprend rien à l’art et un professeur qui devient un monsieur loyal (Jean-Damien Barbin) qui nous donnera plusieurs explications sur la provenance du malheur absolument rafraîchissantes.
« C’est quand tout est ridicule que tout touche au sublime » entend-on sous les notes que joue au piano Stéphane Leach.

Cette première partie est un bijou, fait de kitsch maîtrisé, de plaisanteries et de règlements de comptes avec le ministre de la culture. Certains y verront une attaque en règle contre Frédéric Mitterrand, à qui Olivier Py doit d’avoir perdu l’Odeon, mais on peut aussi voir ce personnage gluant comme une allégorie de tous ceux qui ont occupé ce poste en rognant sur leurs convictions, en « renonçant au renoncement ». Le texte est une merveille d’intelligence et de réflexion sur la place du vrai et du faux, sur comment le jeu devient une vie. « On vient au monde en deuil », alors, faisons semblant.

Bien sûr ici, la quête du père, la mère débordante dans des robes flamboyantes, tout n’est qu’allégorie d’éternelles angoisses d’amours perdues et d’abandon.

Mais malheureusement la deuxième partie s’étiole dans une catéchèse qui finira par gâcher totalement le spectacle par une succession de fins dont la réelle est tout bonnement à jeter, souffrant d’un lyrisme assommant.

Il faut alors oublier la ou les fins et revenir une heure en avant. A ce moment là, on partage le talents de la troupe d’Olivier Py qui sait surjouer pour gratter le sensible. On adore Matthieu Dessertine qui a, depuis un Roméo et Juliette léger, trouvé ici un rôle qui le déploie. Il est là, chose frêle absolument solide qui ne veut pas courber, mais vouloir ne suffit pas. Laure Calamy, muse de Vincent Macaigne est splendide d’énergie dans un costume fait de paillettes et de jupes en voile de toute beauté, la transformant en poupée de plus en plus libre au fur et à mesure que ses jupons rallongent. Mireille Herbstmeyer campe ici une tragédienne presque travestie, tellement le maquillage et les robes la transforment : elle est formidable en Sainte Mère.

Olivier Py veut tout dire, trop dire dans sa quête du sens mystique, artistique et religieux. Mais, Orlando vaut surtout pour sa première partie, qui suscite rire et émotion, qui nous saisit par la beauté et qui nous donne envie d’être encore amoureux du théâtre.

Le dossier Festival d’Avignon de la rédaction

Visuel : Christophe Raynaud de Lage

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