Théâtre
[Festival d’Avignon] Mariano Pensotti et ses crises d’identités

[Festival d’Avignon] Mariano Pensotti et ses crises d’identités

22 juillet 2015 | PAR Christophe Candoni

Troisième metteur en scène argentin présent au Festival d’Avignon après Sergio Boris et Claudio Tolcachir, Mariano Pensotti propose Cuando vuelvo a casa voy a ser otro (Quand je rentrerai à la maison je serai un autre), une pièce légère et amusante sur la question de l’identité.

La pièce débute sur un évènement réel. Dans les années 70, le père de l’auteur et metteur en scène Mariano Pensotti, alors militant révolutionnaire, avait caché ses fétiches marxistes compromettants aux yeux de l’autorité militaire en les enterrant dans un sac poubelle dans le jardin. A la fin de la dictature, il n’est jamais parvenu à remettre la main dessus. Quarante ans plus tard, les nouveaux propriétaires de l’ancienne maison familiale font creuser une piscine et retrouvent les vestiges de sa vie passé et enfouie.

Mariano Pensotti écrit de nombreuses histoires de fiction à l’image de cette anecdote véridique. Dans son spectacle, se croisent des moments de vie multiples, un peu banals et néanmoins étonnants, où le passé resurgit, rattrape et confronte ses personnages au vide du présent et à leurs aspirations contrariées de changement. Très influencée par le roman, la photo, le cinéma et la série, l’écriture du dramaturge à la dimension kitsch et feuilletonesque parfaitement assumée est originale, habile et séduisante.

La vie défile, apparaît et disparaît sur deux tapis roulants comme ces panoramas insolites de paysages aussi contrastés que les pyramides égyptiennes et le Parthénon dans une scène inaugurale où l’on croise des dinosaures, un lion sauvage dans la savane et des pingouins sur la banquise… Ainsi le spectacle se place sous les signes de l’errance et du désappointement.

Manuel est un jeune metteur en scène qui n’a plus connu le succès depuis sa première pièce intitulée El Rio et gagne sa vie en organisant des meetings politiques. Damian s’est approprié le spectacle qu’il plagie et qu’il joue dans tous les festivals du pays en se faisant passer pour son créateur. Parce que être un autre c’est au moins être quelqu’un. Natalia est une jeune chanteuse de rock indépendant qui ne connaît pas encore la gloire et joue dans les mariages. En quête de reconnaissance, elle se compromet en participant à une émission de télé-réalité mais se fait dégager sans vergogne. Représentatifs d’une génération de trentenaires paumés et dispersés, ils ont peur de l’engagement et ne se réalisent pas.

Le propos plutôt dépressif est défendu sur un rythme alerte et un ton drôle et enjoué par de bons interprètes pleins de naturel. Cela donne un spectacle qui n’est pas d’une profondeur existentielle inouïe et parfois trop chargé de bons sentiments mais cependant bourré de charme, d’humour et d’invention.

Visuel : CUANDO VUELVA A CASA VOY A SER OTRO © Beniamin Boar

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