Théâtre

[Festival d’Avignon] « Die Ehe der Maria Braun » dans la théâtralité au cordeau de Thomas Ostermeier

[Festival d’Avignon] « Die Ehe der Maria Braun » dans la théâtralité au cordeau de Thomas Ostermeier

25 juillet 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Thomas Ostermeier continue sa double exploration des héroïnes et de la théâtralité des scripts de cinéma. Il offre la première française d’une ancienne création The Marriage of Maria Braun, une version très appliquée mais qui laisse un gout d’inachevé dans la bouche.

[rating=4]

« Je n’avais pas vu le film » nous confie le directeur de la Schaubünhne. « Une amie m’a donné le script, je l’ai trouvé très théâtral ».  Il nous avoue avoir vu le film ensuite.  Et comme dans sa version de Mort à Venise, chef-d’oeuvre présenté au Théâtre de la Ville, il ne faut pas chercher à reconnaître le film dans la pièce.

Ici, cinq comédiens époustouflants campent la myriade de rôles que Rainer Wermer Fassbinder avait dessiné en 1979. Thomas Bading, Robert Beyer, Moritz Gottwald, Ursina Lardi et Sebastian Schwartz  sont tout : sans distinction d’âge et de sexe, ils se transforment au gré du scénario, avec brio.

Le décor permet de reconnaître un geste « ostermeierien » qu’il avait légèrement délaissé ces dernières années.  Et pour cause, si le spectacle arrive en France en 2014, il est daté de 2007, un an avant Nora, une maison de poupée. Le plateau est recouvert d’une moquette et les murs sont parés de rideaux, tous couleur vert d’eau. Une trentaine de fauteuils jonchent la scène. On note un téléphone, un appareil à diapositives, un bouquet de fleurs.

Ce seront donc les gestes et les mots qui nous feront changer d’époque et de situation. Nous sommes  le 22 juillet 1940, les jeunesses hitlériennes défilent, les fous du nazisme font leur déclaration d’amour au régime. Maria épouse sous les bombardements Hermann. Le temps de dire « oui » et le garçon est envoyé au front. Seule en ville, Maria travaille comme call-girl, tombe amoureuse une première fois et comprend que son physique a un pouvoir fou. On la retrouvera chef d’entreprise vorace, prête à en découdre avec les syndicats qui font du « chantage ».

Elle est belle, infiniment, sublimée par des costumes  plus glamour les uns que les autres. Ostermeier s’amuse, fait du Marriage une comédie tragique à laquelle on rit souvent. Les comédiens ne se prennent pas au sérieux et s’amusent de postures peu avantageuses.

La mise en scène insère des vidéos d’archives de l’Allemagne pendant la Guerre et juste après, temps chronologique du spectacle.  Ostermeier enfonce son récit de plus en plus, glisse vers l’abîme que l’on adore chez lui. Son héroïne semble coincée dans l’engrenage de sa force. Elle devient riche, puissante.  Les hommes ici sont interchangeables, Hermann se sacrifie, passe pour mort, puis est emprisonné et l’on croit au départ à un geste d’amour pour Maria.

Ici tout n’est que quête absolue du pouvoir ne pouvant aller qu’à la perte.  Le jazz américain retentit, la grande histoire croise la petite.

Le spectacle s’il est parfait, souffre d’une non explosion finale.  L’ensemble est limpide, mais malheureusement, décline en dernière minute, ce qui nous interdit de crier au génie.

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

Visuel : © Arnaud Declair

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