Théâtre

[Festival d’Avignon] Dans l’intimité du 81 avenue Victor Hugo

[Festival d’Avignon] Dans l’intimité du 81 avenue Victor Hugo

26 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival d’Avignon est un ascenseur émotionnel qui parfois nous fait quitter le sens de certaines réalités. Ouvert sur un Roi Lear sans folie, il se clôt sur la démence du monde, celle qui, dans une relecture incessante du Château de Kafka maintient les hommes dans l’illégalité. 81 avenue Victor Hugo est un pur théâtre documentaire qui prend ici et sans aucun dogmatisme la forme d’une manifestation solidaire. Le spectacle est signé Olivier Coulon-Jablonka, Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet.

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Il n’est pas question ici de vous parler de la qualité de jeu de ces comédiens peu habitués aux querelles d’entre-soi de la communauté théâtrale. Quoi que Adama Bamba, Moustapha Cissé, Ibrahim Diallo, Mamadou Diomandé, Inza Koné, Souleymane S., Méité Soualiho et Mohammed Zia savent parfaitement se placer sur une scène. Leur particularité est de venir ici raconter non pas une fiction mais une histoire. La nuance est faible mais elle existe comme la performance de Florence Minder le prouvait lors du programme XS. Elle inventait un récit empli d’abject. Ici on aurait préféré qu’elle ait raison mais l’inverse se fait. L’abject devient sujet de théâtre. Face à nous se dresse un décor que les comédiens nous feront découvrir à la lampe torche. Nous sommes dans une salle d’attente insipide qui va s’avérer être le 81 avenue Victor Hugo, un entrepôt situé à Aubervilliers et squatté par le collectif de sans-papiers « 81 ».

Ces huit font partie du collectif et racontent leur vie, si on ose le terme en le vidant de sa connotation merveilleuse, extra-ordinaire. Lampedusa n’est pas pour eux un flash sur les migrants. Ils sont passés par là. Ils sont montés sur les bateaux. Ils ont marché trois jours sans manger. Ils ont abandonné leurs morts. Ils n’ont pas vu leurs enfants depuis des années. Leur vie est une fiction tellement elle semble folle, elle ne ferait pas mentir Jan Karski.

Pourtant ici, on se marre souvent face à l’absurdité d’État qui empêche ceux qui n’ont pas de papiers de travailler et ne donne pas de papiers à ceux qui veulent travailler. « Quand tu vis dans un pays sans papiers, tu es inutile, tu ne peux pas travailler, tu ne peux te promener. Quand on est régularisé, on n’a plus la peur, on se sent utile, reconnu déclare, dans la bible du spectacle, Inza Koné. L’évidence est tellement là qu’elle est semble-t-il fragile.

Cette « Pièce d’actualité » est une commande que le théâtre de La Commune a passé au metteur en scène Olivier Coulon-Jablonka qui s’est accompagné de la dramaturge Barbara Métais-Chastanier et de la cinéaste Camille Plagnet. Le résultat est une rencontre rare. On accède à un quotidien de lutte sans aucune résignation. Le spectacle prouve que le théâtre est un levier politique. Grâce à lui, les régularisations ont commencé.

L’intimité de chaque récit est ici toujours pris dans le collectif, devenant universel. A voir.

Visuel : 81 Avenue Victor Hugo – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Infos pratiques

Nue Galerie
Institut du Monde Arabe – IMA
Ozanne Tauvel

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