Théâtre
[Festival d’Automne] « Rêve et folie », dans les ombres tourmentées de Claude Regy

[Festival d’Automne] « Rêve et folie », dans les ombres tourmentées de Claude Regy

05 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

93 ans. C’est l’âge immense du metteur en scène Claude Regy, fidèle parmi les fidèles du Festival d’Automne, où pour juste citer deux dates au XXIe siècle il avait monté Brume de Dieu, une création à partir de l’œuvre intitulée Les Oiseaux de Tarjei Vesaas et du même auteur, La barque le soir Rêve et Folie de Georg Traki est une nouvelle fois une descente au tombeau.

[rating=4]

Regy impose ses jauge et son regard. C’est dans une salle transformable resserrée que Rêve et Folie se donne à Nanterre, dans un geste sombre et très court. La « pièce » dure 50 minutes. L’expérience est totale, elle est celle d’aller à un enterrement. Il faut atteindre Les Amandiers, éprouver  les sautes d’humeur du RER pour ensuite se calmer, entrer comme en méditation, se recentrer pour pénétrer dans la chambre froide dans laquelle il nous invite.

La scénographie est magistrale de beauté et de pureté. Un arc de cercle constitue la voûte qui délimite le plateau. Il ne sera jamais pleinement éclairé, et restera toujours dans la pénombre, dans un noir stylisé signé par Alexandre Barry et Pierre Grasset. L’image suffit. On voit un être, à ce moment là il est impossible de dire son sexe qui semble flotter ou chuter. Regy nous a t-il plongés en enfer ? La voix arrive comme sortie d’outre-tombe, elle est est insoutenable, lente, tremblante, portée par Yann Boudaud qui semble ici fort à la peine, hésitant parfois dans le rythme de cette poésie au delà d’ardue qui si elle parle de folie et d’au-delà a depuis longtemps laissé les rêves ailleurs.

Entre l’installation et la danse, Rêve et Folie doit se voir pour son apport scénographique. Regy n’a plus rien à prouver, de temps en temps il s’amuse à faire « populaire », entendez accessible, comme c’etait le cas avec la leçon d’élégance de Intérieur, un chef d’oeuvre total mais qui ne nous imposait pas de souffrance. Le texte de Traki, ce poète que Regy  définit comme un « drogué, alcoolique, incestueux, traversé par la folie, obsédé par l’auto-destruction et imprégné de christianisme », lui, ne laisse aucune place au récit et encore moins à l’illustratif. Rien n’est fait ici pour nous séduire. L’homme presque centenaire osera-t-il dépouiller son oeuvre encore plus en effaçant les comédiens de son plateau ? Avec Rêve et Folie, le geste scénographique écrase tellement la direction d’acteur qu’on est tenté de le penser.

De ce spectacle morbide, on sort étonnement vivant, comme l’envie de boire un café se fait irrépressible en sortant d’un enterrement. 

Visuel : ©Pascal Victor

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