Théâtre
[Festival d’Automne] «4» de Rodrigo Garcia : mauvaise mise

[Festival d’Automne] «4» de Rodrigo Garcia : mauvaise mise

18 novembre 2015 | PAR Simon Gerard

La première création de Rodrigo Garcia en tant que directeur du hTh de Montpellier est pleine d’excellentes idées abandonnées en chemin, de mauvaises idées trop utilisées et d’idées réchauffées qui ont perdu leur effet de surprise. Cette fois-ci, ça ne fonctionne pas.

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La petite cuisine de Rodrigo Garcia

C’est chaque année avec la même inquiétude mêlée d’excitation que l’on se rend au dernier spectacle de Rodrigo Garcia. Le ton provocateur qui imprègne tous ses textes, l’engouement qu’il déclenche auprès des plus jeunes amateurs de théâtre, sa capacité à éveiller la fureur des défenseurs de la cause animale comme celle des catholiques intégristes, font souvent craindre au spectateur de se retrouver face à une pièce méchamment provocante, pas forcément poétique, gratuitement violente et vulgaire.

Il faut dire que Rodrigo Garcia est un écrivain de plateau, avec tout le hasard scénique que ce processus de création implique. Ses spectacles naissent de la confrontation entre des fragments qu’il a lui-même rédigés, et les images scéniques diverses et variées que ses fidèles acteurs lancent lors d’expérimentations préparatoires. Le fil conducteur de ses pièces est ainsi nécessairement vague (un monde devenu immonde et une humanité perdue dans les affres d’une société consumériste), et il incombe au spectateur d’achever le geste de l’artiste, en associant lui-même, à son gré, les mots de la pièce aux choses de la scène.

Il reste que la force évocatrice des performances supervisées par Rodrigo Garcia est assez variable, et on se demande chaque année si la sauce va prendre. Avec Daisy, représentée l’année dernière au Théâtre du Rond-Point, c’était le cas : le texte et les images scéniques y étaient très souvent drôles et intelligemment associées. La scène finale était même d’une rare poésie : l’acteur Juan Loriente se suicidait doucement par intoxication, assisté par son acolyte Gonzalo Cunill, au rythme d’une magnifique chanson du chanteur folklorique argentin Atahualpa Yupanqui.

4 : Splendeur et misère de l’écriture de plateau

Dès le début, la sauce de 4 ne prend pas. Le spectateur est confronté à une scène qui, côté jardin, est saturée par l’imposant matériel avec lequel la troupe s’apprête va jouer : un gigantesque bloc de savon de Marseille, des platines vinyles à côté desquelles trônent déjà les 33 tours de Cerrone, des guitares électriques, un ampli. Le côté cour est quasiment vide, investi par un micro et une chaise longue style Le Corbusier. L’arrivée des acteurs (dont l’effectif a inspiré le titre de la pièce) ne rééquilibre pas le plateau, puisque ces derniers se recueillent trop souvent et trop longtemps autour du micro pour donner leur texte à tour de rôle. Dans ces moments, aucune image scénique ne vient s’associer simultanément à la parole, qui devient alors étrangement fade, pour ne pas dire ennuyeuse. Il est étrange de voir un texte de Rodrigo Garcia aussi mal accompagné sur scène, surtout lorsque l’on sait que ce dernier considère ses écrits comme des Cendres (c’est sous ce nom que sont rassemblés ses textes, aux éditions des Solitaires Intempestifs).

Sans discours pour les accompagner, les nombreuses images scéniques opérées par les acteurs gagnent en gratuité, et l’on s’étonne de leur ressemblance criante avec d’autres pièces du metteur en scène. C’est le cas par exemple d’une interminable improvisation à la guitare électrique, qui suscitait déjà une exaspération semblable dans Golgotha Picnic. En outre, on retrouve distillées dans 4 toutes les petites obsessions de Rodrigo Garcia. Obsession pour les animaux tout d’abord : les quatre coqs en baskets qui investissent le plateau sont d’une drôlerie imparable, même si les acteurs n’en font pas grand chose. Obsession pour la matière organique et végétale ensuite : on se surprend à être hypnotisés par des plantes carnivores qu’une projection en direct nous montre en train de se nourrir de vers de terre (il est bien dommage au passage que l’usage de la vidéo live, qui était d’un grand intérêt dans Golgotha Picnic, n’ait été conservé dans ce nouveau spectacle que pour être relégué au rang de simple gadget de circonstance). Au programme également : un drône musical, un match de tennis contre L’Origine du monde de Gustave Courbet (l’art est une autre grande tendance du théâtre de Rodrigo Garcia), une improvisation avec le public autour du doggystyle, et d’autres, au final rapidement oubliées.

Au delà de ses tics scéniques, dont il sera difficile de nier le caractère divertissant, Garcia enrichit néanmoins son approche de l’écriture théâtrale, avec notamment l’apparition de véritables personnages sur scène. La confrontation entre un samouraï que l’on imagine tout droit sorti d’un film d’Akira Kurosawa, et un duo de mini miss, donne l’impression de vivre un rêve absurde, et qui plus est, très drôle. Ces petites invocations innovantes provoquent un effet de surprise que l’on n’attendait plus dans ce rendez-vous manqué de Garcia avec lui-même.

Visuels : © Marc Ginot

4 de Rodrigo García

Du 12 au 15 novembre et du 17 au 22 novembre 2015 au CDN – Nanterre – Amandiers (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris)

Le 26 novembre 2015 au Théâtre Le Phénix / Valenciennes

Le 5 décembre 2015 au Théâtre National de Lisbonne / Portugal

Le 11 décembre 2015 au Théâtre municipal de Porto / Portugal

Les 15 et 16 décembre 2015 à La Comédie de Caen – CDN de Normandie

Du 6 au 8 janvier et du 12 au 15 janvier 2016 au Théâtre Garonne à Toulouse

Les 20 et 21 janvier 2016 à Bonlieu Scène nationale Annecy

Les 28 et 29 janvier 2016 à La Maison de la culture d’Amiens

Les 4 et 5 février et du 9 au 11 février 2016 à hTh – CDN Montpellier

Du 16 au 18 mars 2016 au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine (TNbA)

Les 31 mars et 1er avril 2016 au Centre Dramatique National de Haute Normandie / Rouen

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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