Théâtre

Fausto Paravidino à la Comédie-Française : Famille, je vous M !

24 janvier 2011 | PAR Christophe Candoni

L’italien Fausto Paravidino fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Invité par Muriel Mayette, il monte lui-même et pour la première fois en France une de ses pièces, La Maladie de la famille M, un très beau texte. A seulement 35 ans, joué dans toute l’Europe, Paravidino séduit par ses qualités d’auteur et de metteur en scène. Il est aussi comédien en Italie, cinéaste (on a découvert hier son premier film Texas) et enfin traducteur. Il dirige au Théâtre du Vieux-Colombier la dernière génération d’acteurs entrés au Français. Ils sont excellents.

De cette représentation, il se dégage une humanité simple et profonde qui touche chacun de nous. Paravidino est une plume juvénile et remarquable pour sa maturité et son sens de l’observation. Dans l’écriture comme dans la direction d’acteur, il va au plus près des faiblesses et des fêlures humaines et nous parle intimement. La famille est un sujet inépuisable que le théâtre contemporain ne cesse d’étudier, de disséquer. Là où Paravidino se distingue, c’est qu’il ne montre aucun cynisme, il préfère la délicatesse et l’empathie pour décrire des situations sombres, glauques, violentes parfois. Son texte comporte une part importante de gravité mais il choisit l’humour, sans édulcorer son propos, avec un esprit amusé, une infinie tendresse. Il demande judicieusement aux acteurs une économie dans le jeu, pas de démonstration mais plutôt une intériorité nécessaire pour creuser la vérité des personnages et leurs relations complexes, sans tomber non plus dans le réalisme primaire ni dans le jeu télévisuel. C’est un équilibre à trouver, il y parvient. Le spectacle se dispense d’effets théâtraux. Son approche de la scène est somme toute assez classique, plus figurative que chez la plupart de ses contemporains et met vraiment en valeur à notre avis la personnalité et la sensibilité des acteurs qui trouvent la justesse et l’émotion parfaites.

Dans la pièce, il est question du deuil des membres de la famille M après le probable suicide de la mère qui restera à jamais inexpliqué. L’état du père aussi, Luigi, lui-même vieux et mal en point, interprété formidablement par Christian Blanc, doyen d’une jeune distribution. Marie-Sophie Ferdane est Marta, sa première fille qui devient la femme de la maison, l’actrice exprime tout le mal-être silencieux, l’abnégation, l’altruisme de son personnage qui peut paraître pesant pour Gianni et Maria, les deux autres enfants, plus borderline, de la maison. Le frère, jeune gosse insouciant, épris de liberté, qui sort la nuit pour boire et fumer, qui parle tout le temps à tort et à travers. C’est Benjamin Jungers, épatant, à vif. Il trouve ici un superbe rôle, léger et grave, qui lui convient parfaitement et qu’il sert avec intensité, arrogance et mélancolie. Suliane Brahim joue la sœur, naïve et sensible, drôlement encombrée dans ses histoires sentimentales, partagée entre deux garçons Nâzim Boudjenah et Félicien Juttner qui font les beaux parleurs avec une fausse assurance et une maladresse très justes. Tout cela sous l’œil attendri et l’oreille attentive du médecin impuissant, Pierre Louis-Calixte.

Tous sont en quête de liberté, d’autonomie et d’amour, à donner et à recevoir, paralysés par la peur, la solitude et la dépendance les uns des autres. La pièce raconte comment la famille est à la fois une béquille, même bancale, pour ces personnages en manque de repères et un frein à leurs aspirations et leur épanouissement. Comment y échapper ? La jolie scénographie de Laura Benzi marque le temps qui passe, comme les doux accords du piano qui accompagnent toute la pièce, au fur et à mesure qu’un paysage anonyme et enneigé se dévoile. Il souligne l’isolement des personnages au milieu de nulle part, pour décrire ce mal de vivre et ce besoin irrésistible de vivre sa vie, c’est bouleversant.

Crédit : Christophe Raynaud de Lage.

 

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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