Théâtre
Faust I & II par Wilson et le Berliner Ensemble : Une fresque éblouissante

Faust I & II par Wilson et le Berliner Ensemble : Une fresque éblouissante

28 septembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

« Ne disparais pas, tu es si beau ». Ce que Faust dit à l’instant qui passée, après 4 heures, le public a envie de le dire au spectacle fabuleux que le Berliner Ensemble, Bob Wilson et Herbert Grönemeyer proposent dans une adaptation de Goethe qui fonctionne en tableaux de nuit et de feu. Faust I & II est un moment de scène éblouissant, à voir encore mercredi 28 et jeudi 29 septembre initié par le Théâtre de La Ville et joué au Théâtre du Châtelet.

[rating=5]

Le metteur en scène texan Bob Wilson avait mis en scène bien des Faust (Thomas Mann, Tom Waits, Gertrud Stein…) et s’attaque finalement, à plus de 70 ans, au monument de Goethe (12 000 vers écrits tout au long de sa vie), avec le mythique Berliner Ensemble et une composition originale de cette grande figure de la pop ouest allemande qu’est Herbert Grönemeyer.

Dans le spectacle de 4 heures, l’ensemble coupe largement dans le texte-fleuve mais garde la structure (notamment les longues divagations des chœurs) et évidemment – en VO- les vers que tous les allemands connaissent par cœur). Alors que les ellipses et les coupeurs sont souvent signifiées par des coups de feu ou des brusques apparitions/disparitions des personnages dans la lumière et l’ombre, la fidélité est au cœur du projet et fonctionne notamment grâce au caractère « folk » assumé de la musique qui concentre le picaresque de l’oeuvre de Goethe, tandis que la scène se transforme en série de tableaux hypnotiques.

L’enjeu pour Wilson n’est pas de « rendre » Faust moderne mais de l’adapter en sachant que – comme l’éternel féminin du final – vendre son âme au diable est une mode qui ne passe pas. Utilisant les couleurs comme il sait si bien le faire, il propose une disposition géométrique par version du Faust : dans Faust I, où le bon docteur signe le pacte surtout pour acquérir plus de savoir et tombe vraiment amoureux de Marguerite, la transcendance est encore là et les personnages montent et descendent comme des astres. Démultipliés (Faust est 4, Marguerite 3), les personnages principaux vêtent et revêtent cannes et habits géométriques et se déplacent comme des morceaux carrés ou rectangulaires de décor. Seul Mephisto, point d’ancrage, d’unité et foyer fumant et fulminant du spectacle (Christopher Nell, époustouflant) est rond, sinueux, sensuel, torse nu, débraillé, marchant de manière la plus chaloupée du monde…

On le retrouve tous aussi sensuel et attirant dans le Faust II, mais cette fois-ci, plus question de transcendance et de rédemption. L’anti-roman d’éducation a continué et cette fois-ci, Faust rejoint avec Mephisto la cour où l’argent règne sous forme de billets de banque (indémodable passage que Wilson érotise avec génie). Vraiment libre dans ses lubies machiavélique, le bon docteur décide de faire revenir sur terre Hélène de Troie (dont ils ‘éprend) et Pâris. Ici, tout se passe en transversal, en travers de la scène, où les humains suivent leur pente animale en glissant devant des projections filmées de courses félines. Du coup, plus personne ne monte ou ne descend, sinon un petit enfant rabougri qui fait pendant à l’espèce de mini-Frankenstein -dernier relent touchant d’humanité- que crée dans la foulée un Faust tout puissant. Dans cette deuxième partie où les mains se palment, chacun semble singulier, le plaisir semble personnel et pourtant, la solitude se fait isolement au point où les compagnons Mephisto et Faust deviennent une (très) seule personne. Vêtus de feutre, en rouge et noir comme un tapis de jeu de roulette, ils dansent un carnage grinçant au milieux de convives qui semblent sortis d’un tableau de Delvaux, mais jouent en fait – rien ne vas plus- la tragédie la plus noire.

Faust I & II de Goethe, mis en scène : Bob Wilson, Berliner ensemble, Musique: Herbert Grönemeyer. Durée : 4h.

Attention, deux informations importantes : soyez bien à l’heure sinon vous ne pourrez pas assister au totu début du spectacle dans la salle. Et le Berliner Ensemble et Bob Wilson donnent l’opéra de Quat’sous au Théâtre des Champs Elysées à la fin du mois d’octobre.

visuels : (c) Lucie Jansch

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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