Théâtre
Fascinants Kids de Fabrice Melquiot mis en scène par Gilles Bouillon

Fascinants Kids de Fabrice Melquiot mis en scène par Gilles Bouillon

15 décembre 2011 | PAR Amelie Terranera

Gilles Bouillon met en scène la saisissante pièce de Fabrice Melquiot, Kids. Dommages collatéraux d’un conflit armé, les orphelins tiennent leur revanche dans cette création fascinante où le talent des jeunes comédiens n’a d’égal que les trouvailles de mises en scène. En espérant que la troupe poursuive sa tournée, vous pouvez découvrir ce spectacle jusqu’au samedi 17 décembre au Théâtre à Châtillon.

Sajarevo, année 90. Fin du conflit dans les Balkans. 9 Kids, gamins des rues en ruines, 4 filles et 5 garçons – qu’il est indispensable de nommer étant donné le talent et la prestance dont ils ont su faire preuve : Charlotte Barbier, Pauline Bertani, Stephan Blay, Laure Coignard, Clément Bertani, Edouard Bonnet, Bastin Bouillon, Brice Carrois, Mikaël Teyssie – évoluent dans la poussière et la fumette, sans jamais perdre leur candeur adolescente. Cette pièce chorale recèle d’individualités attachantes et poignantes, à la recherche de nouveaux repères. Les stigmates du conflit : vêtements troués et crados, cheveux sales, violence verbale et physique ainsi qu’incontinence urinaire, ne sont que les troubles visibles de ces ados. Leur terrain de jeu, jonché de parpaings, de ferraille et de bric-à-brac est dans la même veine : désolante. Le public se positionne de part et d’autre de la scène, de façon latérale, pour mieux scruter cette tranche de vie des Kids, qui brûlent leur innocence en commettant quelques menus larcins et en jouant avec la cause de leur misère, une arme à feu.

La bande se révèle si attachante, qu’on ne demande qu’à les rejoindre. Porter leur peine en attendant des jours meilleurs. En dépit de l’omniprésence de la mort, incarnée par une narratrice tout de noir vêtu, qui observe de loin les scènes de vie, la joie et l’espérance  foisonnent dans cette mise en scène de Gilles Bouillon. Quelques comédiens poussent la chansonnette tandis que le guitariste Gabriel Bouillon nous donne le frisson. Apprendre l’anglais, baragouiner des syntagmes appris par cœur, c’est ça leur eldorado, passer de l’autre côté de l’Europe, pourquoi pas dans la patrie des Beatles.

Les Kids are allright, merci. Leur microcosme dépeint sans misérabilisme les frictions et les pérégrinations de cette troupe de survivants. L’omnipotence d’une rampe de skateboard, dont les comédiens se servent pour vitaliser leur jeu, incarne un mur de la honte, une barrière entre le nouveau monde et leur situation actuelle déplorable, qu’il faut escalader comme autant d’épreuves à surmonter.

Dans ce fatras, la fratrie d’orphelins survient, pour combien de temps encore ? Avec une justesse remarquable, Gilles Bouillon dresse le tableau intemporel d’une jeunesse désœuvrée néanmoins avide : « la paix on saura bien par quel bout la prendre ». Monde, 2011.

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Amelie Terranera

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