Théâtre

Fanny Ardant incarne « Hiroshima mon amour » au Théâtre de l’Atelier

Fanny Ardant incarne « Hiroshima mon amour » au Théâtre de l’Atelier

29 décembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 31 décembre et pour dix représentations exceptionnelles, la grande Fanny Ardant est seule en scène pour incarner le texte de Marguerite Duras. Une heure de performance puissante qui nous fait revivre dans la peau un des plus beaux récits sur la mémoire et l’oubli. Un grand moment de théâtre, de charisme et de poésie. 

[rating=5]

Salle comble au Théâtre de l’Atelier où chaque strapontin est pris d’assaut pour voir seule en scène, en chair et en os, Fanny Ardant. Lumineuse et blonde sur nos écrans ces jours-ci en soixante-huitarde  encore et toujours évaporée avec Ma mère est folle de Diane Kurys (voir notre article), Fanny Ardant exprime sa part d’ombre sur la scène du Théâtre de l’Atelier en brune réminiscente. Avec un seul fauteuil, en dialogue avec une voix off et faiblement éclairée, elle installe pour une heure un climat d’intimité absolue. Elle incarne la petite amoureuse de Nevers, la femme tondue et la survivante qui vient chercher des réponses et tombe sur un nouvel amant bouleversant à Hiroshima. 

Droite dans sa robe fourreau noire sobre et plantée avec énergie sur ses talons, Fanny Ardant parvient dès la première réponse « J’ai tout vu », à imprimer sa voix, son ton, son corps sur le texte à la fois émacié et charnel de Duras. Le film d’Alain Renais et la voix d’Emmanuelle Riva, il y a 60 ans (!) sont projetés bien loin et la salle entière s’arrête de respirer pour se suspendre aux lèvres de Fanny Ardant. Elle est tour à tour narratrice du pire avec les effets de la Bombe, amante grave sur le guet de la séparation, jeune-fille amoureuse d’un officier allemand, puis morte et ressuscitée au prix d’un deuxième meurtre de son premier amour : par l’oubli.

Grave mais jamais hiératique, puis sensuelle mais jamais lascive, quand elle se glisse au sol noir et nu pour épouser la silhouette de la jeune femme tondue et enfermée dans la cave par ses parents honteux, elle nous émeut infiniment. Par elle, l’on redécouvre les mots inoxydables de Duras : « Tu me tues, tu me fais du bien », « Déforme-moi jusqu’à la laideur » ou encore l’oublie qui « Commencera par les yeux ». Sobre et intense, elle livre une performance hypnotisante, au service du texte et l’heure passe à la vitesse de la lumière et avec toute le poids des ombres inoubliables. 

La salle salue debout et applaudit à tout rompre la très grande dame. Une soirée exceptionnelle qu’on espère voir reconduite pour plusieurs représentations en 2019. 

visuel : affiche de la pièce 

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