Théâtre

Et si vous découvriez les « Secrets d’un gainage efficace » ?

Et si vous découvriez les « Secrets d’un gainage efficace » ?

24 janvier 2019 | PAR La Rédaction

Cinq jeunes femmes, le collectif des Filles de Simone, investissent la salle Tardieu au Théâtre du Rond Point, où elles proposent une pièce enlevée, partagée entre folie et émotion, sur le rapport des individus et de la sphère publique au corps féminin.

Mélanie Tillement.

En prenant place sur votre siège, ne vous attendez pas à passer une heure trente de morne et inintéressante discussion chiffon. La vrai-fausse réunion à laquelle vous vous apprêtez à participer activement (du moins de façon cérébrale) est aussi tonitruante que les cinq membres qui la composent (joués par Tiphaine Gentilleau, Cécile Guérin, Claire Méchin, Chloé Oliviers, Géraldine Roguez). Les personnages incarnés par les comédiennes du collectif des Filles de Simone ont décidé d’écrire un livre, mais pas n’importe quel bouquin : un genre d’essai sur le corps des femmes composé de trois chapitres -les normes de beauté, les méconnaissances et les tabous. Leur réflexion, nourrie entre autres par Mona Chollet (qu’elles convient sur scène pour un entretien fictif), se veut aussi large, accessible et exigeante que possible. Il en va de la représentation du corps dans la société, mais aussi des mythes popularisés par de grandes figures comme Freud, ou encore du malaise lié à l’apparence lors des relations amoureuses. Plutôt que de décrypter ces différentes problématiques sous l’angle du monologue, leur mise en scène est d’une énergie salvatrice : ici une saynète montrant un couple dont la jeune femme refuse de se montrer nue car elle est mal épilée, ce qui donne lieu à une danse « esquive-de-caresses » ; là-bas un conciliabule de philosophes chargé d’instaurer le complexe du manque du pénis chez la femme ; par ici l’exhibition de cellulite des fesses ou du ventre en baissant son pantalon et en relevant son tee-shirt (les voir toutes les cinq sautiller sur place pour agiter leur « graisse » est drôlissime, d’autant plus qu’on ne comprend pas de prime abord quelle mouche les a piquées !).

Et ce n’est rien comparé à une visite du vagin complètement improbable. L’une des comédiennes enfile la casquette de guide touristique, et la voilà en train de mimer la découverte d’un sexe féminin, accompagnée de son petit groupe de visiteuses curieuses, à qui elle conseille de bien lubrifier avant d’entrer. Telle une conservatrice de musée commentant les oeuvres exposées, elle ponctue son tour de petites anecdotes -ici une liaison d’un partenaire trop brutal, là une ovulation…

Si ces moments-là sont vraiment amusants, d’autres s’attardent sur des aspects moins fun de l’histoire intime des femmes. Brusquement, vers la fin du spectacle, une des comédiennes regarde dans le public et fait semblant de reconnaître sa mère parmi les spectateurs. D‘abord surprise de constater que sa génitrice s’intéresse à ses « délires de féministe hystérique », elle lui confie à quel point sa version de la féminité l’a durant son adolescence écrasée et empêchée de se construire elle-même en dehors de ce schéma -talons, maquillage…- et l’a réduite à refuser son corps -manger trop, adopter une allure de garçon. Une sorte de confession impromptue qui fait monter aux yeux de la jeune femme quelques larmes et fait courir dans la salle un frisson d’émotion.

Une pièce bien de notre temps, qui réussit à parler de femmes aux femmes sans laisser les hommes de côté (comme, dans un autre registre, parvenait à le faire le spectacle Avec ma Bouche d’Agnès Hurstel). L’équilibre entre humour et émotion sonne juste, et le spectacle est aussi divertissant qu’éclairant sur le corps des femmes. Un petit malus pour les quelques fois où les comédiennes s’installent dans le public et parlent à voix très (trop) forte pour les spectateurs installés près d’elles -un emplacement à réserver aux durs de la feuille !

Les Secrets d’un gainage efficace, le collectif des Filles de Simone, jusqu’au 3 février au Théâtre du Rond-Point, durée 1h30.
visuel : affiche

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