Théâtre

Et l’enfant sur le loup, une comédie monstre de Pierre Notte

12 janvier 2011 | PAR La Rédaction

Pierre Notte, l’auteur associé et conseiller artistique du Théâtre du Rond-Point est aussi acteur et foule avec bonheur les planches de la salle Tardieu dans un texte de son cru. Le format est bref, c’est bien comme cela, le ton amère, corrosif. La pièce est amusante ou terrifiante, c’est selon. Pour sa création parisienne, Et l’enfant sur le loup est monté par Patrice Kerbrat et sa mise en scène n’est pas terrible. Mais on y a adoré Judith Magre.

Dans Et l’enfant sur le loup, Pierre Notte semble vouloir démontrer que la frontière entre l’homme et l’animal est plus mince qu’on ne le pense. Il trouve dans le couple que forment en scène Judith Magre et Jean-Jacques Moreau un édifiant exemple de monstruosité. L’actrice est géniale dan ce rôle de vieille femme aigrie et lunaire. Avec élégance et subtilité, le ton sec, la voix grave, elle est aussi hilarante que profondément tragique. Elle va loin dans la détestation de soi : « j’en ai marre de ma gueule », « j’ai l’air d’une pute », dit-elle. Elle se maudit, paraît folle, ravagée et parvient malgré tout à faire rire. Lui, sous ses airs bonhommes, est un atroce personnage, violent, ridicule et hurleur. Le couple, d’une méchanceté jubilatoire, paraît uni, fusionnel malgré le désamour, l’agressivité haineuse.

Inceste, viol, vengeance, parricide, asservissement, tout y passe. Pierre Notte plonge dans le malsain, est attiré par le glauque, a le goût du sordide. Son conte dérangeant et cruel prend pourtant les apparences d’une fable plaisante où l’on rit. Le propos n’est pas lourd pour autant, les répliques sont drôles, le style est tranchant. L’auteur apprivoise ses démons avec un amusement visible. D’ailleurs, il joue lui-même le loup avec autant d’allégresse que de délectation. Il apporte au rôle sa fantaisie singulière, sa voix parfois haut perchée, sa musicalité. Il est aussi un peu Monsieur Loyal et un narrateur cocasses. Sous son long manteau de fourrure et avec quelques accessoires de pacotilles, Pierre Notte fait le clown, il chante, invente sans cesse, ne tient pas en place, c’est parfois trop mais quel numéro ! Enfin julien Alluguette, révélé dans Equus il y a deux ans (déjà un rôle pour le moins trouble), il confirme ses talents et sa belle présence en scène. Il convient très bien au personnage, exploite l’alacrité propre à l’enfance, la sauvagerie de l’homme des bois. Il est séduisant mais un peu léger, manquant parfois de férocité.

Quand Patrice Kerbrat et son décorateur Edouard Laug choisissent de planter l’action sur la scène d’un théâtre miteux proche du cabaret aux couleurs fanées et vieillottes, ils correspondent bien à l’univers foutraque de la pièce. Pourtant la mise en scène n’emballe pas car d’une part elle exploite peu la dimension sombre de l’oeuvre et ensuite parce qu’elle veut à tout prix apporter des solutions trop artificielles aux énigmes scéniques contenues dans la pièce. Elle préfère imposer des images souvent décevantes plutôt que de laisser le spectateur faire travailler son imaginaire. Pourquoi vouloir représenter la chair décharnée des deux vieux exhibés à la fin avec des costumes (Pascale Bordet) de kermesse d’école ou encore la mousse qui leur pousse sur le corps avec cette horrible lumière verte (Laurent Béal), c’est bêtement illustratif et ça casse le pouvoir et la liberté formidables de rêver ou de cauchemarder qu’offrent le texte.

 

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