Théâtre

Eric Lacascade dans Les Bas-fonds de Gorki

Eric Lacascade dans Les Bas-fonds de Gorki

25 mars 2017 | PAR Christophe Candoni

Après avoir mis en scène Les Barbares puis Les Estivants, Eric Lacascade monte sa troisième pièce de Maxime Gorki. Il propose une plongée énergique et empathique dans la grisaille et la violence désespérée des Bas-fonds.

Des murs hauts et noirs en tôle, nervurés comme les parois des containers, encadrent un plateau dépouillé. Quelques commodités (tables et chaises) forment un espace froid et impersonnel, celui d’une salle commune puis d’une chambre-dortoir appartenant à ce qui semble être un refuge, un asile, tenu par un couple de véreux et peu scrupuleux propriétaires. La pauvreté suinte, la mort menace, la misère aussi bien matérielle qu’intellectuelle s’impose sans excès de misérabilisme mais au contraire avec éclat, flamboyance. Eric Lacascade ne renonce pas à dessiner à gros traits ses personnages mais leur confère une sidérante vitalité. Il peut compter sur une troupe au diapason, emplie d’un dynamisme combatif et frondeur. Il y a les complices de toujours, parmi lesquels Christophe Grégoire qui campe un Satine formidablement animal ; de nouveaux acteurs, plus jeunes ont rejoint l’équipe et partagent une pareille vaillance.

Le plaisir du jeu, densifié par son esprit collectif, respire parfois un volontarisme un peu trop appuyé mais donne à voir et à entendre l’infinie douleur de la nature humaine peinte dans ce qu’elle a de plus marginale. Ne figurent dans cette pièce que les mis au banc de la société, déclassés, opprimés, exploités, anciens taulards, délinquants… Parmi eux, apparaît un drôle de bonhomme, sorte de gourou généreux nommé Louka (Alain d’Haeyer). Son implacable optimisme éclaire, même malgré eux, les dégoûtés de la vie.

Sur scène, tout a fini par valdinguer. Dans ce qu’on imagine être un squat ou la rue, une poignée de sdf sifflent des bouteilles de bière. Oisifs et rageurs, ils devisent bruyamment de la banalité de leur destin cafardeux tout en chantant la grandeur de l’homme démuni.

Eric Lacascade a beau s’être confié le rôle du commissaire de police, il n’en conserve pas moins un regard profondément empathique pour ces anti-héros mis à nu dans leurs travers mais aussi leur vulnérabilité. La représentation brute et tout à fait actuelle qu’il en fait permet de porter un regard renouvelé sur les exclus de notre société.

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