Théâtre

Enchanteur Encounter, à l’écoute du monde avec Simon McBurney

Enchanteur Encounter, à l’écoute du monde avec Simon McBurney

22 juin 2016 | PAR Christophe Candoni

Avec The Encounter, joué pour la première fois en France au Printemps des comédiens de Montpellier puis aux Nuits de Fourvière à Lyon, Simon McBurney offre un fascinant voyage sensoriel et spirituel à la rencontre de la tribu des Mayorunas en territoire amazonien.

Habitué des fresques aux larges dimensions qui trouvent leur inspiration dans un matériau littéraire et scénique riche et varié, le metteur en scène britannique use d’un geste artistique qui foisonne d’effets techniques, visuelles et sonores à satiété ; l’attestent ses dernières productions présentées en France : une adaptation magistrale du Maître et Marguerite de Boulgakov au Festival d’Avignon où il était artiste associé et une version high tech de La Flûte enchantée de Mozart à Aix-en-Provence. Du grand spectacle qui conjugue superbement flamboyance et intimisme.

Bien que plus dépouillé, The Encounter, inspiré du roman Amazing Beaming écrit par Petru Popescu, prend la forme d’un monologue particulièrement dense interprété par Simon McBurney seul en scène, prêtant son corps et sa voix au photographe américain Loren McIntyre parti séjourner au bout du monde pour la National Geographic Society. Le spectateur, muni d’un casque audio qui retransmet la voix amplifiée ou déformée de l’acteur ainsi que de multiples sons permettant de soutenir la narration et la fiction, est invité à itinérer sur les pas de l’explorateur qu’il suit à la trace, dans ses plus folles embardées, au cœur de la nature sauvage et abondante de la jungle tropicale brésilienne, sur les chemins mousseux et sinueux de la forêt profonde et menaçante, à la rencontre de l’Autre, l’étranger, l’autochtone. On ne voit rien de ce cadre mais on entend ses bruissements mystérieux au point que les images viennent d’elles-mêmes. L’inconnu et l’indicible s’offrent à nous, non pas imposés arbitrairement par la scène mais reproduits dans notre imagination par l’évocation grandiose qu’en font McBurney et les moyens sonores colossaux auxquels il a recours.

Cette forme de théâtre immersive, techniquement originale et hyper pointue, déplace, évade. Elle multiplie les espaces et les temporalités, stimule autant l’intellect que les sens, met en éveil, aux abois. Elle invite au voyage, à l’errance, et met le spectateur dans la position d’un explorateur ému. La pièce révèle les talents hors-pair de McBurney comme comédien et récitant, saisissant de force physique et émotionnelle, proche de la transe. Elle témoigne aussi de l’engagement politique et humaniste de l’artiste complet qu’il est.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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