Théâtre

« En ce temps là, l’amour » de Gilles Segal. L’optimisme par sa thése et son antithése.

« En ce temps là, l’amour » de Gilles Segal. L’optimisme par sa thése et son antithése.

26 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Gilles Segal a imaginé un texte brûlant et  sombre. Christophe Gand l’a transformé en un seul en scène suffocant servi par un prodigieux David Brécourt. Du bon théâtre à l’optimisme caché mais solide.

Au milieu d’un décor aux multiples accessoires reliquaires d’une vie déjà pleine, un homme, David Brécourt s’installe devant un magnétophone à bandes. Il a connu la déportation et nouveau grand-père,  décide d’enregistrer pour son fils le souvenir, gravé dans sa mémoire, de son transport vers Auschwitz. Dans le wagon où la mort rongeait un à un les plus faibles,  il avait assisté fasciné à un père discutant avec son très jeune fils. Il avait admiré ce père qui dans l’urgence n’avait cessé de transmettre à son fils l’essentiel de ce qui aurait pu faire de lui un homme. La pièce retrace les 7 jours du voyage, sept jours comme la création du monde. Elle raconte l’anéantissement de ce monde que le père feint de ne voir s’effondrer.

Le propos est sombre; le biais optimiste. A une époque où chacun s’attache à une identité drapeau reçue par hasard le jour de sa naissance, le texte de Segal nous rappelle dans la parabole tragique d’un voyage vers l’extermination la primauté de la transmission sur la désignation. Fut-ce dans un transport vers la mort, l’obligation de la transmission intergénérationnelle sait recouvrir la barbarie et sauver la civilisation. Autre chose: à notre époque où la figure du père est devenue la victime collatérale de la guerre contre le patriarcat, la pièce rend hommage au rôle d’un père, donne à voir l’amour d’un papa. Le rappel de ces deux essentiels est délicieux. Le texte captive  jusqu’à sa chute, acmé d’une tragédie proche du  mythe.

Du bon théâtre donc à l’optimisme caché mais solide.

Christophe Gand, le metteur en scène (Le monte Plats et Trahisons) rompt avec l’habituel dépouillement de ses scénographies et multiplie les motifs scéniques pour attraper la dimension du mythe. Il se range à côté de la force du texte qui se soutient du talent vertigineux de David Brécourt. Le comédien (applaudi déjà dans  Kamikazes en 2018) nous donne à expérimenter chaque pliure de son personnage, chaque conflit de ce père courage. Il voyage en solitaire et à chaque étape modifie son rapport à la déliquescence ambiante. David Brécourt fait sensation. Il ne sort pas indemne, nous non plus, de cette merveilleuse pièce à l’édifiante universalité. 

 

En ce temps là, l’amour. Une pièce de Gilles SEGAL. Mise en scène par Christophe GAND. Au Théâtre des Mathurins. Du mercredi au samedi à 21h . Le dimanche à 16h30.Durée du spectacle : 1h15

Crédit Photos :  ©Yoann Yergec

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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