Théâtre
Elle pas princesse, lui pas héros : Et la lumière fut au Théâtre 14

Elle pas princesse, lui pas héros : Et la lumière fut au Théâtre 14

02 juin 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre 14 a décidé de prendre au mot sa mission de service public en proposant jusqu’au 28 juin la pièce de Johanny Bert adaptée à cette occasion pour 10 spectateurs.

 

C’est évidemment avec une émotion folle que nous allons ce 2 juin au théâtre. La première fois depuis le 15 mars. Presque trois mois sans tenir un ticket, trois mois sans être dans une salle. Mais le déconfinement est un casse tête pour les lieux : mesures barrières, masque, gel. Alors comment faire ? Mathieu Touzé et Edouard Chapot ont décidé d’ouvrir, parce que le manque devenait vorace et pour l’occasion il fallait repenser tout : l’espace et la façon de jouer.

Jouer ensemble mais distanciés.

Aux manettes, le génie de la marionnette,  Johanny Bert. Et il fallait bien ça pour sculpter une salle comme si c’était de la mousse. Les dix spectateurs sont invités à prendre place, mais une jolie place sur une chaise chacune unique . Et ce public est posé sur scène. Bert inverse les proportions dans un upside down qui colle au texte. Eux deux ( Yuming Hey et Estelle N’Tsendé en alternance avec Olga Mouak et Mathieu Touzé ) tout deux dans la salle vide, sculptée par la lumière, vont raconter leurs deux histoires séparées, aux lignes croisées.

Un garçon féminin, une fille au masculin aurait t-on dit en 85. C’est cette histoire-là, écrite en 2016 par Magali Mougel nous embarque dans l’univers de deux mômes fort attachants.  Leïli préfère les courses d’orientation au shopping et Nils  le dessin à la pêche. Disons que leurs 5 à 7 (ans) est une galère pour chacun. Inadaptés au moule, ils se contorsionnent pour tenter de grandir tant bien que mal. Sur la route, au volant il y’a quelques bienveillants qui conduisent et leur permettent de trouver leur chemin fort personnel. 

Bande son efficace, lumière plus actrice que jamais, salle de spectacle en majesté, cette initiative qui vient dire que oui les théâtres peuvent agir est merveilleuse. Dans cette pièce où le papa de Nils voudrait qu’il soit un petit homme et où la maman de Lëli impose le rose à sa fille, le retournement principal est qu’aujourd’hui, pour faire spectacle, pour exister, les comédiens ont besoin de public, et donc, de le voir, de le toucher avec les yeux.  Et inversement, le public a besoin de gradins… des les voir et de… les toucher des yeux aussi.

En 2016 quand Johanny Bert pense sa mise en scène elle divise le public, d’un côté ceux qui suivent la fille, de l’autre, le garçon. La pandémie oblige comme les personnages à tordre le moule. Johanny Bert traite des métamorphoses, des mutations. Ce texte qui était alors une commande sied parfaitement au moment. Etre autrement dans une société troublée.  Pari osé ( il fallait ouvrir à perte, tous les jours, pour un public moins nombreux que l’équipe du théâtre) et pari plus que gagné.

 

Jusqu’au 28 au Théâtre 14, à 11h, 14h et 17h.  Du mardi au dimanche. Durée 50 minutes. Les enfants peuvent voir le spectacle seuls, ils sont pris en charge par le théâtre.  Et le billet est à 2 €. A partir de 7 ans.

Crédits illustrations NILS

Infos pratiques

Les Rires du Monde de Saint Denis
Musée de l’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes
Camille Hispard

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