Théâtre
« Elle brûle » les planches de la Colline

« Elle brûle » les planches de la Colline

27 novembre 2013 | PAR Claire Teysserre-Orion

Elle brûle  est le deuxième volet d’une série que la compagnie des Hommes approximatifs, menée par Caroline Guiela Nguyen avec des textes de Mariette Navarro, consacre à Madame Bovary.

Une petite exposition précède le spectacle. En fait, nous pénétrons dans un appartement : dans l’entrée, nous entendons déjà sur le répondeur de la famille, les voix d’Emma et Charles, et de leur fille Camille. Dans le couloir qui mène jusqu’à la salle de spectacle, des post-it où apparaissent des listes de choses à faire mais aussi de mots doux, un placard à pharmacie, des collections en tout genre, des billets de train… Cette entrée en matière sonne déjà aussi juste, ni caricaturale ni bâclée, que tout le reste de la pièce. Dès lors, on entre dans l’univers d’une famille, dans son intimité. Nous, les spectateurs, regardons, par le trou de la serrure, le désespoir et la chute d’une femme.

La pièce commence le premier jour du nouveau travail d’Emma, alors mère au foyer. Elle est d’abord excitée à l’idée de gagner de l’argent même si elle se trompe sans cesse sur le montant de son salaire – on comprend dès lors que l’argent sera un problème. Mais elle se trouve dans l’impossibilité de sortir de chez elle : la maison, ce lieu où elle est reine – son mari l’adore et elle peut adorer sa fille – et où elle étouffe. Commencera alors la spirale du mensonge car elle est aussi dans l’impossibilité de sortir d’elle-même, de dire ce qui ne vas pas – la sait-elle elle-même ? A moins que ce ne soit les autres qui ne le voient pas telle qu’elle est.

Ces autres forment le cadre idéal de la perte inexorable d’Emma. Chacun tient formidablement sa place pour que rien ne change. Charles, merveilleusement bien incarné par Jean-Claude Oudoul, anime comme on l’attend la vie de la maison : les blagues fusent, presque trop présentes pour ne pas cacher un malaise. Pourquoi ne peut-on pas parler sérieusement, si ce n’est du bulletin scolaire de la fille Camille ? L’on voit au fil de la pièce se déployer le jeu de Margaux Fabre qui interprète l’adolescente, comme une démonstration des changements intenses de cet âge, de son aptitude aussi à percevoir le vide où sa personnalité peut se développer, à l’abri de ses parents.

Quant au texte, il dessine intelligemment les relations de chacun des personnages, il y a peu de stéréotypes et le spectateur compatit pour tous : la grand-mère mutique, le professeur de piano savant, le factotum simple d’esprit en plus des membres de la famille. Il n’y a malheureusement pas de responsable désigné au drame de la vie. La violence de la société, l’immense solitude de chacun et la fragilité de certains imaginent le reste, « parce que certaines personnes peuvent supporter plus de choses que d’autres. La guerre, l’amour. »

Dans le livret du spectacle, Caroline Guiela Nguyen, raconte comment les hasards de la vie, l’ont amenée à avoir affaire avec Emma. La compagnie jonglant toujours entre fiction et réalité, on ne saura jamais trop laquelle nourrit l’autre. Une vidéo (http://www.leshommesapproximatifs.com/2012/03/05/elle-brule/) d’ « enquête » sur le site de la compagnie interroge des protagonistes du drame. Là, le travail de catharsis du théâtre fonctionne à merveille et le spectateur en ayant assez vu, ne veut en savoir davantage.

Claire Teysserre-Orion

Visuel :© La Colline

« Elle brûle », une création de la compagnie des Hommes Approximatifs et de la Comédie de Valence Centre National Dramatique Drôme Ardèche.
Mise en scène : Caroline Guila Nguyen, écriture au plateau : Les Hommes Apporximatifs, textes : Mariette Navarro. Avec Boutaïna El Fekkak, Margaux Fabre, Alexandre Michel, Ruth Nuësch, Jean-Claude Oudoul, Pierric Plathier.
Du 15 novembre au 14 décembre 2013 au Petit Théâtre de La Colline. Détail des horaires et des tarifs ici (http://www.colline.fr/fr/spectacle/elle-brule)

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