Théâtre
Élise Vigier donne du corps à Kafka pour la Comédie de Caen (et en ligne, évidemment !)

Élise Vigier donne du corps à Kafka pour la Comédie de Caen (et en ligne, évidemment !)

11 novembre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Disons que le mot « kafkaïen » est en ce moment tendance, et c’est donc à point nommé qu’Élise Vigier porte au plateau le texte de Leslie Kaplan, Le monde et son contraire, dans la voix de Marc Bertin et le corps de Jim Couturier.

Laisser filer.

Ce que nous avons vu et ce dont nous vous parlons aujourd’hui n’est pas ce que vous verrez en Facebook Live les 27 et 28 novembre à 21h ou à la Comédie de Caen du 24 au 26 mars 2021. Ce dont nous vous parlons est le résultat d’un excellent filage qui était ouvert aux professionnels le mercredi 11 novembre aux Plateaux Sauvages, où la première de la pièce aurait dû se jouer, le 9 novembre. Avouez, c’est déjà un petit peu kafkaïen, ça !

Tirer le portrait.

Ce nouveau portrait de la Comédie de Caen est l’occasion de traiter de la folie du monde, de ses horreurs et de ses répétitions. Pour rappel, les portraits de la Comédie de Caen peuvent, comme c’est le cas pour Raoul Fernandez, mettre en scène un acteur, ou bien comme dans le portrait Foucault, être dans une approche moins biographique. Mais il ne s’agit pas en réalité d’un véritable portrait de Kafka, mais plutôt de regarder comment le comédien Marc Bertin est imprégné de lui, au point paraît-il de lui « ressembler ».

Un pas de deux burlesque.

La pièce part de La métamorphose comme point de départ. Être un autre, dans le cas d’un acteur, cela peut être aride ou agréable ; tout dépend du rôle. « La vermine », chez Kafka, ce n’est pas un rôle, c’est bien lui. Lui, Juif qui a prédit sans le savoir, sans jamais les voir, les nazis et consorts du XXe siècle puis du XXIe. Qu’y a-t-il de burlesque là-dedans ? L’absurde bien sûr ! « Les chaînes de papiers » c’est absurde. Prendre un homme pour un nombre c’est absurde ; suivre la loi quand elle est absurde, c’est absurde !

Kafka dépasse toujours Kafka. La réalité est toujours plus tordue que la fiction. Pour augmenter ce trait, sans être dans une illustration, les scènes se jouent à deux. Vous voyez ces vidéos virales où l’on voit des jeunes gens sauter de toit en toit à Paris ? Jim Couturier bouge comme ça. Il a reçu une formation au Conservatoire et a touché au cirque. L’artiste grimpe sur tout ce qu’il voit et n’a peur de rien. Solides, les appuis passent d’un bras à quatre membres sans sourciller. Il est l’extension, la représentation des émotions de Marc Bertin qui oscille entre son enfance vide de mots à Tourcoing et les accointances avec la vie sans issue de secours de Kafka.

La violence du quotidien.

Marc Bertin se campe lui-même au bord des choses, en regard. Il raconte du bout des lèvres sans être ostentatoire. Il milite dans un jeu pour un universalisme qui raisonne avec le texte de Leslie Kaplan et la mise en scène d’Élise Vigier.

Ainsi, dans les gestes forts, nous entendrons sur la même scène les voix de Papon et de Léonard Cohen ; pas ensemble, mais pas loin. Si ça, c’est pas kafkaïen ! C’est surtout un bon moyen de faire entendre comment la destruction des Juifs et des Tziganes était une entreprise bureaucratique. La chanson de Léonard Cohen, elle, vient dire ce qui a été détruit.

On sort de là en en sachant un peu plus à la fois sur Kafka et sur Marc Bertin. Mais aussi, avec l’envie folle de savoir à quel point le spectacle aura bougé encore en quelques jours. À voir donc en Facebook Live les 27 et 28 novembre à 21h  sur le compte de La comédie de Caen.

Visuel : © ABN

 

 

 

Le dramaturge Israël Horovitz est mort
L’historiographe du Royaume : le temps long de Maël Renouard
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *