Théâtre
Électre des bas-fonds de Simon Abkarian à La Cartoucherie. Une spectaculaire ode à la mère.

Électre des bas-fonds de Simon Abkarian à La Cartoucherie. Une spectaculaire ode à la mère.

07 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Simon Abkarian adapte la tragédie d’Electre à la Cartoucherie de Vincennes. Il surpasse ses précédentes et déjà admirables créations dans son propre texte exclusif  mis en scène en ce qu’il maîtrise le mieux : le merveilleux spectaculaire,  fraternel et optimiste.

Simon Abkarian a fait ses débuts en tant que comédien au théâtre du Soleil, chez Ariane Mnouchkine. Il continue ensuite son parcours de comédien auprès d’autres metteurs en scène et passe parallèlement à la mise en scène. Depuis 1998, Simon Abkarian a monté une douzaine de spectacles qu’il s’agisse de pièces d’illustres auteurs  comme de ses propres textes.

Électre des bas-fonds est un ballad opera magnifiquement littéraire. Avec ce texte plus subtil et plus ouvragé, Simon Abkarian connaît un tournant majeur dans son oeuvre. La maturité peut-être. Nous sommes dans le quartier le plus pauvre d’Argos. C’est le premier jour du printemps, on y célèbre la fête des morts. Prostituées, serveuses, esclaves se préparent pour le grand soir. Les meilleurs musiciens sont là. Des musiciens sur scène le trio des Howlin’Jaws. Accompagne la fête votive. La beauté des tableaux répond à la rigueur de l’intrigue. L’effet de troupe est la première expérience du spectateur, une mention spéciale au milieu de tous ces talents à Assaâd Bouab, Aurore Frémont et à Catherine Schaub-Abkarian. Il est malaisé de décrire ici le sublissime des tableaux. Écrivons que la pièce est un délice de la première à la dernière seconde.

Simon Abkarian nous invite à un périple dans la pliure entre orient et occident, entre naturalisme et fantastique. Sa relecture d’Electre a enfanté d’un texte personnel qui renverse l’équation de la tragédie grecque. L’anti fable imaginée par Abkarian présente une Electre prostituée et un Oreste magnanime. Dans la version grecque, Electre, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, est la sœur d’Oreste, d’Iphigénie, de Chrysothémis. Elle est absente de Mycènes quand son père est assassiné par Égisthe, l’amant de Clytemnestre. À vingt ans, Oreste reçoit l’ordre de l’oracle de Delphes de retourner chez lui et de venger la mort de son père. Il rencontre Électre devant le tombeau d’Agamemnon ; ils se reconnaissent et décident ensemble de tuer et Egisthe  et Clytemnestre. Chez Abkarian, Oreste venu tuer sa propre mère apprend de la bouche de celle-ci qu’Agammemnon était un tyran et que son assassinat avait été nécessaire pour protéger ses enfants. J’ai dit qu’en tuant ton père j’ai rendu justice à la mère que je suis. Le mythe d’Electre la fille tuant sa mère, utilisé par Carl Gustav Jung, est abandonné au profit du mythe freudien de l’Oedipe aménagé par un nouveau personnage, le beau père. Oreste, nouvel Oedipe, est débarrassé d’un mauvais père par un autre homme amoureux de sa mère. Il pourra désormais aimer une mère toujours aussi interdite, mais cette fois non par le père, mais par le beau père, Egisthe. C’est osé, mais brillant. À l’heure des familles monoparentales et des divorces hâtifs, un nouvel Oedipe est imaginé par Abkarian, un Oedipe qui n’a pas assassiné Laios et qui aime Jocaste d’un amour tendre. 

Au dernier tableau, Oreste nous quitte en murmurant dans un souffle comme une caresse: – mère. Dans l’enceinte de ce théâtre mythique, dans ce Saint des Saints nous pensons à Ariane Mnouchkine la mère historique des lieux dont nous aurons été invités à voyager dans l’imaginaire merveilleux de l’élève, devenu un grand auteur de théâtre. 

 

Électre des bas-fonds
De
Simon Abkarian
Mise en scène
Simon Abkarian
Avec
Maral Abkarian, Simon Abkarian, Chouchane Agoudjian, Anaïs Ancel, Assaad Bouab, Maud Brethenoux, Laurent Clauwaert, Victor Fradet, Aurore Frémont, Christina Galastian Agoudjian, Georgia Ives, Rafaela Jirkovsky, Nathalie Le Boucher, Olivier Mansard, Eliot Maurel, Nedjma Merahi, Manon Pellissier, Annie Rumani, Catherine Schaub-Abkarian, Suzana Thomaz, Frédérique Voruz

 

Crédits Photos  ©Antoine Agoudjian

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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