Théâtre

« Du même sang » : une première pièce de haut vol, les 22 et 23 janvier

20 janvier 2010 | PAR Mikaël Faujour

Jeudi, vendredi et samedi soirs, aura lieu la représentation de la première pièce d’une jeune auteure de 24 ans, Kassia Aleksic. Remarquable d’intelligence et de subtilité, la pièce Du même sang est d’une grande force métaphorique.

Dans une maison de Belgrade, vivent trois femmes, trois générations d’une même famille, sans homme – ils sont soit morts soit exilés. Ecrasées sous le poids de l’Histoire, du totalitarisme communiste jusqu’au dernier génocide, elles sont le réceptacle des tensions et horreurs du XXe siècle. Dans le huis-clos où s’étouffe leur désir de vivre, elles meurent peu à peu à autrui. Victimes et bourrelles, elles sont malades dans leur rapport à soi et à l’Autre, capables de percevoir autrui seulement comme l’écran d’élans intérieurs, de souvenirs, d’amertumes.

Scrutant les racines du mal dans le premier microcosme « politique » qu’est la famille, Kassia Aleksic aborde avec une grande finesse métaphorique toutes les déclinaisons du commun phénomène à deux facettes de l’identité et de l’altérité. Tout dans cette première pièce remarquable se hisse à hauteur de métaphore et de symbole : le lieu même de l’action (une maison sans lustre, à Belgrade), le contexte (la proclamation d’indépendance du Kosovo), les personnages (dans leur rapport différent aux racines : une identité imposée et douloureuse dont on se détache pour s’affirmer individuellement ou un devoir d’étreindre le mythe identitaire qui oppresse, par peur de s’émanciper), etc.

Ainsi, la thématique de l’altérité est-elle abordée avec pertinence et humanité, avec des personnages forts, interrogeant le mythe du « même sang », qui est tout aussi bien celui de la famille – que vantent et mythifient conservateurs et fascistes – que celui de la race dans le nationalisme (encore singulièrement vif en Serbie).

Oeuvre forte d’une auteure prometteuse, Du même sang est une pièce d’une vive – et, sans doute, permanente – actualité où il est question de mémoire, d’identité, d’altérité, d’ouverture et de mythes corrupteurs. Une pièce dont on ressort agréablement interrogé, pour conclure sans doute qu’il n’y a d’issue pour l’homme que dans l’accession à autrui, ce que résumait le poète Attila Jozsef : « C’est en vain que tu caches ton visage en toi-même, tu ne pourras jamais le laver que dans l’autre ».

Centre d’animation La Poterne des Peupliers
1, rue Gouthière – XIIIe arrondissement
R
éservation au 01 45 88 46 68
Tarifs : 7€ et 9€

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Mikaël Faujour

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