Théâtre

Dr Faustus ligths the ligths aux Bouffes du Nord…very very well!

Dr Faustus ligths the ligths aux Bouffes du Nord…very very well!

18 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La bande de la Comédie de Reims revient en force aux Bouffes du Nord. Oliver Cadiot, Ludovic Lagarde et Rodolphe Burger sont tous trois réunis au service du conte populaire de Faust, dans la version cubiste de Gertrude Stein ici sublimée par un opéra-rock électrique.

Dans le conte de Goethe, Dr Faust est un savant déçu par son statut, il contracte un pacte avec le Diable qui lui offre une nouvelle vie en échange de son art. En 1937, la collectionneuse d’art Gertrude Stein publie dans une revue littéraire «Doctor Faustus lights the light», un texte présenté comme un livret d’opéra où des parties semblent pouvoir être chantées et des discours sont indirects.  Elle y raconte l’histoire du Dr Faustus, vivant reclus auprès d’un petit garçon et d’un chien qui dit merci tout le temps. Il a vendu son âme à Mephisto contre la maitrise du jour et de la nuit.

Un jour, une femme aux quatre prénoms, Marguerite Ida & Helena Annabel se fait mordre par un serpent. Sauvée par le fameux docteur, elle apprivoise la vipère. Libérée de la morsure, elle rencontre l’amour en la personne de Mr Overseas Man, et voilà que la dame aurait les mêmes pouvoirs que Faust, l’âme en plus…

Dans la version présentée pour quelques jours aux Bouffes du Nord, l’écriture d’Olivier Cadiot vient se lover dans celle de Gertrude Stein. Ses phrases courtes, pleines d’humour, parfois tranchantes, donnent aux personnages une belle ampleur. Dans un choix justifié, Lagarde décide de garder en anglais les moments chantés de la pièce pour plus de musicalité et surtout pour renforcer l’effet de miroir entre les personnages qui vont par groupes. Elle est quatre, le petit garçon fait écho à la petite fille, Dr Faustus est deux :  Le vieux et le jeune.

Dans sa mise en scène, Ludovic Lagarde choisit d’installer des moments figés en opposition avec la folie du diable portée ici à la perfection par Juan Cocho. On se souvient de Laurent Poitrenaux,  les pieds dans la brume dans «Un mage en été», avec « Dr Faustus ligths the ligths» cette sensation d’apesanteur et de défiance du temps est également présente renforcée, aux lumières, par le génie Sébastien Michaud déjà auteur dans « Second Woman » d’illuminations réjouissantes. Ici, la lumière est un personnage à part entière du spectacle, le théâtre des Bouffes du Nord est travaillé dans le brouillard, le bleu mystique et le rouge diabolique.

Dans cette histoire infernale, les riffs de guitare de la bande à Burger apportent un supplément d’âme à ceux qui courent après le Diable. La disposition est celle d’un concert, micros en avant-scène, instruments et choristes au fond. Les comédiens chantent avec plus d’humour que de justesse et jouent avec un talent indéniable

Cette version de la pièce insiste sur la duplicité des personnages et le questionnement permanent de la place de chacun qui taraude particulièrement Marguerite Ida & Helena Annabel. Le tout dans une scénographie adéquate et un casting fantastique. L’occasion de découvrir une toute jeune fille, Annabelle Garcia dans le rôle du little boy, époustouflante, dans ses pantoufles dans ce texte fou où le rythme est sans cesse brisé par les mots en rafale, la musique qui se coupe et l’arrivée brusque de nouveaux personnages alléchants. En résumé…Un superbe tableau cubiste !

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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