Théâtre

Don Juan et La Célestine par Schiaretti : un voyage haut en couleur dans le théâtre classique espagnol

21 mars 2011 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre des Amandiers-Nanterre présente une double proposition du metteur en scène Christian Schiaretti avec la troupe du TNP : « La Célestine » de Fernando de Rojas et « Don Juan » de Tirso de Molina, sont donnés en alternance.

Le public est convié à une traversée plaisante et pédagogique dans la littérature dramatique du XVIIe siècle, le siècle d’or espagnol, et découvre deux textes pas souvent joués ; Avignon a vu Jeanne Moreau et Lambert Wilson dirigés par Vitez dans La Célestine, c’était en 1989, quant à ce Don Juan, la France lui a préféré le classique de Molière. Du sol aux portes, la prédominance du rouge, vif, sanguin, passionnel retient l’attention dès l’entrée dans la salle de spectacle où l’on découvre une scénographie qui sera commune aux deux œuvres. Simple et beau dans son dépouillement, l’espace bi-frontal avec au centre une estrade nue tout en longueur, réalisé par Renaud de Fontainieu a vocation à mettre en valeur le jeu des acteurs et leur proximité avec les spectateurs. Le plateau est merveilleusement éclairé par Julia Grand, des lumières chaudes ou nuitées, et les costumes de Thibaut Welchlin sont splendides, sans lourdeur. Schiaretti renoue avec l’abord festif, à la fois rustique et fin, du théâtre de tréteaux dans un bel esprit de troupe, salutaire au théâtre, avec de jeunes acteurs épatants de la troupe permanente de TNP, tous bien servis par des pièces qui puisent leur dynamique dans le collectif. Les spectacles sont longs, plus de trois heures pour La Célestine, mais on ne voit pas le temps passer. C’est un bonheur de théâtre, exigeant et populaire, drôle et brillant, une fête pour l’esprit et l’imagination.

Hélène Vincent, une phénoménale Célestine.

Le ton de la pièce est très drôle (la scène du cordon, irrésistible !), dynamique, rythmé et vivace, si bien que le texte est parfois balancé un peu hâtivement. Les jeunes comédiens sont excellents : Nicolas Gonzales est Calixte, amouraché de la pimbêche Mélibée (Yasmina Remil) au point d’en oublier la religion, et Parmeno, Julien Gauthier, un brin macho adore d’Aréuse, Jeanne Brouaye. La Célestine, qui a pour Dieu, le vin, les sous et le plaisir pour liberté met tout en oeuvre pour le bonheur de ces tourtereaux, et cela au péril de sa vie. Les pieds nus, les hardes défraîchies, elle dévale à grande enjambées le plateau, martèle les planches, l’actrice principale Hélène Vincent est une géniale mère maquerelle, vieille putain attachante, entremetteuse stratège et rusée, magicienne ou sorcière, sauvage, sèche et gouailleuse, exubérante, qui porte en elle le drame.

Don Juan avant Molière.

La mise en scène de Don Juan est plus crépusculaire, plus mélancolique, ce qui donne une impression de lenteur qu’il n’y a pas dans l’autre pièce, quelques temps morts aussi, pas facile de raconter une histoire que l’on connait déjà bien. Les partitions féminines sont intéressantes, Laurence Besson, Clémentine Verdier y sont très biens. Julien Tiphaine est le gentilhomme libertin, précieux, joueur et jouisseur de sang froid, dont on connaît l’issue raisonneuse, embrasé par les flammes de l’enfer qui surgissent ici d’une calle dessous la scène. Le Catalinon de Damien Gouy a du Sganarelle moliéresque avant l’heure, il fait un personnage comique proche de la tradition italienne. Le spectacle profite pleinement de l’effectif de la troupe pour assurer la figuration, la scène chantée des pêcheurs, la cour du roi sont de beaux tableaux.

C’est un travail rigoureux, d’une très grande qualité, esthétiquement bien léché, scéniquement inventif pour faire exister les différents lieux (une rue, une chambre à coucher, une taverne, un jardin…), pour représenter un naufrage en mer avec juste une maquette de bateau miniature et une caisse en bois, ou pour donner à voir la montée puis la chute sur une échelle avec de la lumière seule projetée au sol. Belle idée de rapprocher ces deux héros sans morale, les destins de la Célestine et Don Juan disent l’urgence de vivre et de jouir. Mais le traitement des pièces manque parfois de grinçant, il y faut du sexe, de la saleté, en un mot quelque chose de sulfureux qui n’apparaît pas immédiatement dans ces productions.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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