Théâtre
Dmitri Tcherniakov à la Comédie-Française pour la saison 2012/2013

Dmitri Tcherniakov à la Comédie-Française pour la saison 2012/2013

01 juin 2012 | PAR Christophe Candoni

Muriel Mayette a dévoilé ce vendredi 1er juin la prochaine saison de la Comédie-Française. Ce ne sont pas moins de quinze créations auxquelles s’ajoutent de nombreuses reprises de spectacles à succès qui seront données par la troupe lors de la saison 2012/2013.

La saison aura pour fil rouge le thème des batailles littéraires, intellectuelles, politiques ou esthétiques qui ont nourri la grande histoire du théâtre français et européen. Et quoi de plus anthologique que celle d’Hernani ? La pièce sera présentée dans une version moderne et resserrée sous la conduite du pensionnaire Nicolas Lormeau d’abord à Montpellier puis à Paris.

Don Juan de Molière ouvrira la saison au Théâtre éphémère. La mise en scène sera assurée par l’ancien administrateur Jean-Pierre Vincent et le rôle-titre confié à l’excellent Loïc Corbery. La réouverture de la salle Richelieu rénovée en janvier prochain sera marquée par l’entrée au répertoire de Troïlus et Cressida de Shakespeare dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf, le frère du sociétaire Eric Ruf qui signera la scénographie de la production. C’est dans cette même salle qu’en fin de saison, le syrien Saadallah Wannous sera le premier auteur de langue arabe à faire son entrée au répertoire de la Comédie-Française avec sa pièce Rituel pour une métamorphose dans une mise en scène du koweitien Sulayman Al-Bassam.

Des metteurs en scène qui connaissent déjà bien la troupe ont une fois de plus répondu fidèlement à l’invitation. Marc Paquien donnera Antigone d’Anouilh et Anne-Laure Liégeois dirigera Denis Podalydès dans La Place royale de Corneille, deux nouvelles créations qui verront le jour au Vieux-Colombier. Après son beau travail sur La Pluie d’été de Duras l’an dernier, Emmanuel Daumas revient lui-aussi mais au Studio-Théâtre du Louvre pour une adaptation de Candide de Voltaire.

Quelques grands artistes de réputation internationale feront leurs premiers pas dans la vénérable maison de Molière. Christian Benedetti, fondateur et directeur du Théâtre-Studio à Alfortville, dont les derniers Tchekhov ont remporté un triomphe cette saison, s’est vu confié deux textes contemporains (Existence d’Edward Bond et Lampedusa Beach de l’auteure sicilienne Lina Prosa), Volodia Serre montera pour l’acteur Guillaume Gallienne Oblomov d’après le roman de Gontcharov et Lilo Baur mettra en scène La Tête des autres de Marcel Aymé.

La troupe fera ses adieux au Théâtre éphémère en renouant avec le théâtre de divertissement puisqu’après le succès du Fil à la patte de Feydeau, c’est Labiche qui revient au goût du jour avec son Chapeau de paille d’Italie mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti et pour lequel Pierre Niney et Christian Hecq seront de la distribution.

Mais l’évènement de la future saison est la venue du nouveau prodige de la scène russe, le moscovite Dmitri Tcherniakov qui s’attaquera à un monument de la tragédie classique française : la Phèdre de Racine. Rare sur les plateaux de théâtre, il privilégie dans sa carrière les mises en scène d’opéras et est accueilli sur les plus grandes scènes lyriques.

C’est à Gérard Mortier que Paris doit la découverte de ce metteur en scène génial puisqu’en 2008, l’ancien directeur de l’Opéra de Paris invitait au Palais Garnier son magistral Eugène Onéguine créé au Bolchoï. Depuis, il y a eu en France le Macbeth sombre et dévastateur à la Bastille avec son final fracassant au cours duquel les murs du décor figurant l’appartement saccagé du héros éponyme s’écroulaient littéralement, et puis le Don Giovanni aixois présenté sous la forme d’une saga familiale scandaleuse. Dans quelques jours les spectateurs du Théâtre de La Monnaie à Bruxelles découvriront sa vision du Trouvère de Verdi.

Tcherniakov a l’art de balayer les conventions et bousculer les œuvres du répertoire qu’il dynamite par des relectures décapantes pour rendre toute son actualité au propos. Il irrite un tantinet, dérange un public bien conservateur parfois autant qu’il fascine et suscite l’admiration par l’acuité et l’intelligence de ses interprétations très personnelles et sa capacité à exacerber les émotions dans des espaces souvent froids et confinés et grâce à une direction d’acteurs au cordeau. C’est la première fois qu’on aura l’occasion de voir à Paris un travail de lui sur un texte dramatique. On ne peut attendre que le meilleur d’une telle bombe dans une institution comme la Comédie-Française.

Dmitri Tcherniakov. Photo © Damir Yusupov

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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